Changement d'adresse !

Cathy déménage, depuis qu'elle a sauté plus rien n'est pareil. 
Alors on part ailleurs.
Rendez-vous là-bas, car l'histoire continue.
Les chapitres restent les mêmes, mais quelque chose change...

La suite ici : 

A la bonne heure.



Il est treize heures trente-trois. L’heure est bien choisie. Il y a quinze minutes que Cathy est montée. Tout le monde la voit ce coup-ci. L’espace d’un instant, ils ne verront plus qu’elle. Ils retiennent leur souffle. Elle va sauter. La rumeur gonfle, enfle, le bruit de la rue est un souffle uniforme : elle va sauter. C’est un chœur tragique. Ils ne le savent pas, mais c’est la seule issue. La seule. Elle le savait depuis longtemps. Eux, non. Ils n’ont rien vu venir. Comme il n’avait pas vu le reste. Mais maintenant que tout le monde sait, que toutes les portes lui claquent au nez, il n’y a qu’une seule porte de sortie. Une seule possibilité. Elle regarde droit devant. Elle les entend. Elle n’en peut plus de les entendre. Elle ne supporte plus leur regard. Elle ne supporte plus rien. Alors elle regarde fixement, droit devant. L’horizon. Et la fin. Alors d'abord elle hurle et, enfin, elle saute. Après le bruit, la rumeur, le souffle de la foule, tout s’arrête avec le fracas de son corps qui heurte le sol. Il y a un moment suspendu, et personne ne saura quantifier combien ce moment aura duré. L’incendie a pris fin. Il a tout emporté. Ne laissant rien derrière que des bouts de chair à ramasser en guise de cendres et qu'il faudra les mettre en pot. Pour ne pas oublier, qu’elle, elle ne voulait que vivre. Vivre vraiment. Et mourir par défaut.

Cadavre exquis ou presque.

Me défendre. Je veux avoir le droit de me défendre.
Je veux me battre. Puisque c'est un ring. Non.
Non. Pas de cadavre, et rien d'exquis.
On me dira que le et après la virgule est interdit. 
Mais l'interdit revient.
Pourquoi es-tu revenue ?
C'est la tristesse qui est restée.

Droits et devoirs.

Respectez-vous. Ne vous dénigrez pas. 

Moche et belle à la fois.

A moitié alcoolo, un peu dépressive, ultra lunatique, profil de femme battue. Le portrait n'était pas si beau que prévu, mais la courbe de son cul m’émouvant toujours autant, je crains de continuer à courir. Que voulez-vous faire face à l'absurdité du désir ? Lutter. Pourquoi faire ? Perdre son temps ? Ce jeu est idiot. Mais j'aime les jeux complètement idiots. Pour le coup, je suis servie. Plus tordue, est-ce possible ? Je doute. Parfois.

Certitude

Fais comme ils ont tous fait. Prends. Ne t'en fais pas, je suis grande, je sais ce que je fais. 

Just a game

Donner sa bouche à baiser comme si on avait été payé à le faire. Soumise. Docile et obéissante. N'opposer aucune résistance. A quoi bon. Le jeu doit aller à son paroxysme, non ? Où est le plaisir si on le censure. Où est le plaisir si l'on recule. Où est le véritable plaisir si l'on refuse d'explorer nos propres vices et turpitudes ? 

Sortie du chenil


Je suis un bon chien. Je cours derrière mon maître. Je marche derrière lui. Je fais oui ou non de la tête. Et quand c’est non, je fais comme si c’était oui et me tais. Je me terre très bien dans les silences, face à l’incandescence de tes yeux, qu’ils brillent ou me fusillent. Je me terre très bien dans les silences. Ils sont confortables. Ils me rassurent. Chaque mot, chaque pas, chaque regard est un risque. Le risque de trébucher, de mal faire, mal dire. Alors je me terre et j’espère. Je suis fidèle. Soumise. Je suis un bon chien. Mais c’est uniquement parce que je pense avoir un bon maître.

Plateau de jeu

Il a écarté les jambes, là, sur le canapé. Il m'a regardé comme jamais il n'avait osé le faire. En deux mots. Viens sucer. Le début du grand n'importe quoi. Ou comment en arriver au point où entre potes, cela peut virer bizarre. Un type découvrant alors que le titillage d'anus est fort agréable. Un type qui se retrouve à devenir une femme. Je suis l'homme et la femme. J'ai l'habitude. De mener la danse et d'emmener les autres là où ils n'oseraient pas aller sans cavalier à la hauteur de ce jeu. Car tout ceci n'est qu'un jeu. Baiser n'est qu'un jeu. Et "Je" ne connait pas de règles fixes. 

La vérité enfin. Peut-être.

Je voudrais que cette fois on aille au bout du jeu. Allez au bout, au bout de nous. Laquelle des deux est la pire en sachant que moi je suis prête à me scratcher en plein mur? Certainement moi alors. N'est-ce pas ?

Du temps que je voudrais te voir nue... Je ne me pose pas cent mille questions, je sais ce que je veux, je sais ce que je ne veux pas. Je ne sais pas ce que tu veux toi et ce que tu ne veux pas. Tu me gardes ou tu ne me gardes pas, c'est la seule règle de ce jeu curieux. Je te laisse décider, je reste un jour ou dix ans à caresser ta peau, près de toi, je ne sais pas ce que l'on construira, je ne sais pas si je veux construire quelque chose avec toi. Je n'en ai aucune idée, la seule chose que je sache, c'est que j'ai envie de toi, à un degré absurde peut-être, mais quel que soit le résultat, j'aime le jeu. Alors jouons. Sans être sures de qui perdra, même pas de si quelqu'un perdra. 

La vérité sur Hedda


La première fois que j’ai posé mes lèvres sur celles d’Hedda, j’ai regretté. Je ne sais plus pourquoi j’en avais envie. Je ne sais plus pourquoi je l’ai fait. Je me souviens que je n’avais pas aimé ça. La deuxième fois que j’ai posé mes lèvres sur celles d’Hedda, c’est la chaleur dégagée par son cou quand mes lèvres s’y sont posées qui m’a fait frissonnée. Le reste, je me souviens que je n’ai pas aimé cela. Et puis on a recommencé. On était relativement complètement bourrée. Peut-être pour cela. 

Elle m’a dit qu’elle avait joui. Après six ans d’abstinence où je ne faisais que rêver, jonglant avec les silences. Nous nous connaissons depuis si longtemps, Hedda et moi, elle, elle aimait la proie, et voulait bien être prise par un apprenti chasseur. Hedda, c’est être soumise ce qu’elle voulait. Mais savais-je encore soumettre quelqu’un d’autre que moi ? Moi qui m’étais soumise à tant de vents contraires, pour finir enfin noyée sous l’écume des autres. Mais pas une. Plus une depuis longtemps, puisque l’hygiène ne m’intéressait pas. Sauf avec Hedda. Et je ne sais pas dire le pourquoi.

Je ne voulais pas baiser avec Hedda. Mais je le faisais certainement pour deux raisons. La première étant qu’au fond,  je ne cherchais qu’un peu d’affection. Quelques secondes, dans les bras de quelqu’un, peu importe qui, une personne qui ne me ferait pas de mal. Entre amis, on peut tout se permettre. Un tant soit peu. Hedda était de ces amitiés-là, fidèles et pratiques. La seconde raison portait un prénom, mais comme  ce prénom là n'entendait pas le mien, je me réfugiais dans les désirs d'une autre. Pour  essayer de vivre quand même. Ressentir quand même. Se défouler, un peu aussi.

Ce que je voudrais, c’est refaire toujours cela avec Hedda. Je ne veux aller nulle part avec elle. Mais je veux bien goûter encore au confort de ses bras. Me bouffer un mur et m’écorcher encore le coude. Tomber sous les assauts de ses doigts à l’intérieur de moi. Je veux bien encore tout cela. Et faire à Hedda ce qu’elle veut que je fasse d’elle-même. 

La vérité nue



Je n'ai pas voulu t'abîmer, je préfère la peur au bonheur. Parce que la peur, elle, elle passe, le goût du bonheur, lui, il reste et moi, il me reste toujours en travers de la gorge. Est-ce que tu me comprends ? J’étais toute prête à arriver. Dans ma folie il y avait du bon sens. Au final, peu importe, que l'on soit à poil ou pas, peu m'importe, juste, regarde-moi comme je te regarde toi. Pour guérir. Parce que nul médocs, nulle psychochose ne peut me défaire de cet état, pas même le pseudo amour de ces autres qui n'auront rien en retour, que mon mépris éternel, que ma désinvolture et mes coups sur leurs blessures. Toi, toi retiens-moi. Ça m'arrache un bras, mais tu vois, je tiens à toi. Ne leur dis pas. Et si tu tiens à moi, ne me le dis pas, je n'aime pas ça. Je n'ai jamais pu piffrer les élans d'amours, les mots doux et autres conneries. Ne m'embrasse même pas, tiens juste à moi, retiens moi à moi. 

Post-coït



Il pense encore qu'il va pouvoir me la mettre. Bougre de con. Il pense encore que je vais lui donner ce qu'il veut. Raté mon du con. Si je veux. Uniquement si je veux. Que toi tu veuilles et quoi que tu veuilles, je m'en contrefous. Mais je t'aime, tu le sais, non ? Pourquoi tu ne veux pas me faire confiance ? Pourquoi tu me prends pour un con ? Mais parce que tu es un con. Et moi aussi je suis un con. Donc prends mon con et casse-toi. Non ? Soupir. Encore et encore. je me demande encore ce qu'il ne comprend pas. Parce que c'est pourtant clair. Baise-moi et casse-toi. Foutus bonhommes qui vous trouent partout et s'attachent à nous quand on leur demande juste de serrer un peu plus fort. Encore un effort et il va comprendre. Je t'aime Cathy, je ne partirai jamais. Il ne comprendra jamais. Soit. Il baise bien, alors il restera, il peut être utile. Mais bon sang, ce qu'il peut être con.

Culture G



Vous connaissez Joe Hill ? Non. Très bien. Vous connaissez Louise Michel ? Non. Très bien. Vous connaissez Isadora Duncan. Non. Très bien. Peu importe. Sinon, vous vous souvenez des enfants ? Les enfants ? Oui, oui, avec leur joues joufflues et leurs yeux plein de brillant ? Celui là même qu'on s'empresse parfois de leur enlever à grands coup de dents. Excusez moi mais... Non. Non, je ne vous excuse pas, laissez moi poursuivre, donc coup de dents, coups de couteaux aussi et puis coup de bite aussi, de temps en temps. Parce qu'il faut bien que les enfants deviennent grands, n'est-ce pas ?

Vous me direz “queuement”, je vous dirais “dedans." Au-dedans des enfants, parce que les grands sont vraiment cons, bêtes et méchants. C'est ce que vous voulez dire depuis le début ? S'il n'y avait que cela, croyez-moi, je ne serai peut-être pas venue. Je ne perdrais pas mon temps à courir après la douceur de l'enfance. c'est pris, c'est fini, foutu, c'est perdu. Je suis venue parce qu'on m'a pris ce qui m'en restait quand j'ai grandi. 

On m'a mise à genou, maintenant pour tenir encore un peu debout, c'est moi-même qui m'agenouille, partout, pour tous, cela m'évite de choisir, de trop réfléchir  je prends qui passe, tant pis si c'est mon corps ou mon semblant de coeur qui y passe. Je m'en contre fous, au moins c'est à moi. 

Pas comme le rire des enfants que j'entends encore me remuer, me remuer, me remuer, me remuer et de nouveau, encore, encore et encore, me faire aller là où les enfants ne doivent pas aller pourtant. Pardonnez-moi, pour une fois je m'excuse, mais bref. En bonne petite fille bien élevée, je vous salue monsieur, dîtes bonjour à madame. Merci, au revoir.

En attendant...




Enculé d'utérus, ou d'intestins, au choix ! Je sais vraiment pas ce que j'ai. Pas les règles, c'est pas encore trente et un jour par mois ça. Pas de truc bidule rénal, le doc y dit non, il est con, certes, mais il est doc, hein. Reste que je n'en peux plus de jouer à la vague dans le pieu, rien n'y fait bordel. Quatrième tentative de medoc en deux heures, cahouet, j'ai putain de mal. Ok, j'ai pigé, une seule solution, traiter le mal par le mal. Bédo, vodka, je vois que ça... ça va ... légèrement mieux. Je tiens plus tellement debout, mais là, on s'en fout, tout ce que je veux, c'est roupiller, en boule, tranquille, pas pliée en douze par ces foutues douleurs à la con. Je veux savoir ce que j'ai et puis finalement non, je m'en fous. Là, je veux être à poil et  me tordre de part et d'autre mais juste pour frotter mon putain de pubis chauffé à blanc contre les draps. Je veux juste ça, ça ira très bien ça. Y a plus que ça. En attendant que.

Viendra un jour où...




Elle appellera ou elle n'appellera pas. Elle dira quelque chose ou rien. Hier c'était demain. J'ai vidé toute ma merde, je n'ai plus rien à dire. Peut-être demain. N'hésite pas toi aussi, à vider la tienne. Arrête la télé, garde la bière et la clope, t'auras pas à te saigner pour la retraite. Écris ta merde, on est un paquet à en être plein. Soigne-toi bien, oublie le médecin, tu vois, lui, il n'existe pas, il dépend de qui tu es, il est celui que tu veux qu'il soit ; et il joue avec ça. Le mien, n'existe pas. C'est pour ça qu'il est bien. Il n'a servi à rien alors que tous les médecins prétendent servir à quelque chose.  Je peux dire ce que je veux, même que je t'emmerde. Tu pourrais faire pareil.

Remember the time

Texte présenté lors d'un "concours" universitaire... il va sans dire que mon texte (perfectible, mais j'ai la flemme... ) n'a pas été retenu.

Cathy

C
athy dépasse enfin la dernière ligne de  chemin de fer, celle qui la sépare de chez elle. Celle qu’elle préfère. Il fait nuit noire, pas un chat, pas un couillon dehors, nul quidam et à l’heure qu’il est, elle, elle avance sans état d’âme. Son boulot, elle l’a fait à moitié, aujourd’hui comme d’habitude. Mais ce soir, elle s’en fout et, globalement, on peut dire que Cathy se fout de tout. Ce qu’en dit son patron, sa mère, la voisine, le chat du voisin du dessous, Cathy s’en cogne. Cathy n’est pas le genre de nana à s’encombrer d’états d’âme et encore moins de questions métaphysiques quant à sa responsabilité, à son hypothétique citoyenneté, à la triste condition prolétaire et banlieusarde ni même, et surtout, du regard des autres, Cathy n’y prête strictement aucune attention. En fait, Cathy se divertit de l’avis des autres. Et tandis que nul ne s’aventure sur la treizième voie, elle, elle prolonge le trajet pour le plaisir de se sentir prise entre la nuit, les trains et qui voudra bien emprunter ce chemin.

Lui, il n’a envie de rien. Comme d’habitude. Rien de chez rien à part descendre à toute vitesse ce foutu talus, zigzaguant entre les tessons de bouteille et les sacs poubelle. Depuis que les gars du squat l’ont pris en grippe, finie la belle vie, rencontre, une fois encore, avec la froideur de la nuit, à chercher plein de flip un bon endroit où caler ses miches pour roupiller pépère. Il est ivre. Encore une fois. Depuis des mois, pour de bon, il ne fait que ça. Accroché à ses angoisses, flippé de crever comme un con, de froid, d’overdose ou par la main d’un pauvre gars encore plus paumé que lui, qui lui foutrait un coup de surin en bas des reins, pour le plaisir ou pour quelques grammes. Va savoir, le résultat serait le même. Il ne pense qu’à se planquer. Qu’il se fuie lui-même ou la Terre entière, il n’a jamais fait que cela, fuir.

Il est en bas des rails, côté droit, elle est en bas des rails, côté gauche. Il traverse, parano, il regarde, gauche, droite, derrière, devant. L’ombre de Cathy qu’il prend pour un gars lui fout la frousse, gorgée de bière pour se redonner du courage. Elle se retourne et fixe l’autre côté des rails. Hé ! T’as du feu ? La bouteille tombe. Est-ce d’entendre une voix, quelle qu’elle soit, qu’il l’a fait descendre de son flip, ou la surprise d’entendre une voix de femme ? Allez savoir. Ouais, ouais, j’ai du feu. Tiens. Merci. Tu vas où ? Je sais pas. Ah. Et toi ? Chez moi. Silence. Train. Attends. J’ai envie de pisser. Tu m’attends pour le reste du chemin ? Ok. Cathy défait ses cheveux, réflexe de minette face à un mec, même face au pire cageot, femme a besoin de se sentir belle, regardée. Et désirée. Il est de retour, du même côté qu’elle cette fois. Hé merde, je m’en suis foutu plein les mains ! Elle rit. Tu m’essuies ? C’est sorti tout seul. Allez savoir pourquoi, les êtres humains sont plein de mystères. Elle rit encore. Sauf qu’elle pige, elle pige qu’il ne plaisante pas. Non. Assure, fais pas ta catin, essuie-moi. Avec ta langue. Sa main est dans la sienne maintenant, c’est bête pour elle, son je-m’en-foutisme habituel l’a privé de la faculté de penser à courir très vite, en braillant très fort. C’est d’autant plus con que sa main, il la sert très fort. Et que maintenant elle touche autre chose, quelque chose de bien plus dur, maintenant c’est sa bite qui la touche. Contre sa volonté, un chibre bien bandé sous sa petite main de jeune femme qui n’en fait habituellement pas grand-chose de bien efficace. Qui tient l’autre ? Lui, il tient sa main à elle sous sa main à lui, et dans sa main à elle, sa bite à lui. Il la retient par la tension qu’il provoque en elle, juste ça. On dit que la peur paralyse. Elle pourra en faire l’analyse en s’auto-flagellant, se disant et si j’avais couru, crié, mordu, griffé. Tenté quelque chose. Mais non. Pétrifiée. Par ce sexe bandé qui sort d’une braguette puant l’urine et s’impose à elle. Petit mouvement, léger halètement et voilà qu’il n’est plus parmi nous l’ami, ce n’est plus lui qui  pense, c’est sa bite. Allez comprendre. Cathy abdique, eût-elle résisté que cela n’eût servit à rien. C’est ce qu’en dira la voisine.

Pour l’heure, la voisine, elle n’est pas là et le je-m’en-foutisme non plus, reste juste une abyssale panique. Elle a envie de  dire, dis-moi si ça fera mal, dis-moi que tu m’feras pas de mal. Dis-moi, dis-moi n’importe quoi mais quelque chose de rassurant, pas un j’t’aime, vu l’instant, ça serait pas crédible, mais dis quelque chose ! Lui tout ce qu’il en dit, c’est : essuie. Lave. Lave la, allez, sois pas timide, allez ça fais pas mal ça. Là elle se rend compte que mal ou pas, ce n’est pas plus rassurant. C’est pareil, en moins violent, oui, peut-être, quoique même ça, là, elle ne sait pas. Elle se rend compte aussi que sa pensée fut audible. Elle était pourtant persuadée de se parler en aparté. Putain mais essuie bordel ! Essuie j’te dis ! Sa tête est dans sa main maintenant, collée contre lui, contre son sacro-saint chibre, elle aspire, y a pas le choix. Voilà. Tu fais ça et tu le fais bien, merci.

Merde ! Et merde. Ca y est, il a joui. Elle suffoque. Elle en a plein la gueule. Ca dégouline. Pas content il est le monsieur. En même temps, ça, ce n’est pas sa faute à elle. Elle y a mis du cœur en dépit du dégoût. Oui, elle s’est appliquée. Mais pas le temps pour elle de respirer un peu mieux que ça, direct, lâché de genou. Et elle, elle pousse un hurlement. Lui, il atterrit de son délire parce que depuis qu’ils sont là, c’est la première fois qu’elle crie. A croire qu’il ne s’y attendait même pas. A croire surtout qu’il pige à l’instant que, juste avant le cri le coup de genou, avant que cette fille ne soit à genoux, elle voulait juste du feu. Là, elle y songe enfin. A déguerpir. Il a l’air con. Très con. La bite à l’air, il restera la nuit entière à compter les trains de nuit comme autant de rappel que furtivement, il vient de ligoter à l’angoisse, comme à ses rails, une voyageuse qui se foutait de la destination et de lui rouler dessus sans jamais penser à ralentir, parce que pour ralentir, c’est comme pour déguerpir, faut réfléchir.

Il avait déjà envie de se carapater avant mais là, c’est fini pour lui pense-t-il. Soit. Un train en feu vient s’arrêter juste sous son nez dans un crissement monstrueux ne lui écrase que le bout des pieds. Et le train avance et le train recule. Il a mal, très mal, il reste hagard, se réveille en sursaut. Réalise que l’espace d’un quart d’heure, il n’a pas balisé, ou bien il n’a pas réfléchi, c’est au choix, selon lui. Lui, si petit, épuisé de fuir sa propre vie, se sentant si grand devant cette fille qui, elle, se sentait si grande de n’être rien, n’y étant absolument pour rien dans le bon ou mauvais ordre du monde ; parce que les hommes, les codes, l’entreprise, les bonnes manières, dit-elle, ne sont qu’une immense farce, un piège à con. Lui, il se balance comme un chiard à taille adulte. Un adulte qui a l’air d’avoir cinq piges. Il plane d’un miroir à une fenêtre. Il se voit lui dans une salle de bain faussement propre où il étouffe, regarde par la fenêtre. Il prendra le premier train qui passe. C’est lui le grand con, c’est ce qu’elle se dit, lui, le trouillard et elle… Elle est obnubilée par son petit con apeuré serré, serré, serré, tellement serré que rien ne pourra plus y passer avant un bon moment, rien que se laver les dents lui foutra des relents. Lui, il se sent con. Alors il se dit, soudainement, stop, il faut en finir. Vite, quelque chose, vite, un schlass, ou quoi ? N’importe quel truc contondant, allez hop, on se taille les veines pour finir béatement dans la contemplation de son propre sang, son propre sang qui coule, coule et coule encore, mais coulerait en fait. Parce que là, il balise avec son machin reluisant sans aucune trace de sang. Le courage des lâches, c’est une fois dans une vie, non ? Bah voilà, lui, il a eu son heure et là, il est lui-même. En sueur. Et pour conclure il se voit partir en trip tout seul dans un wagon de marchandises avec des bœufs et des dindons. C’est bien plus effrayant que de la molester elle, que de foutre fin à soi-même. Le courage des lâches.

Cathy ne prend plus que les grandes avenues. Quand elle boit en terrasse, elle se planque derrière le journal. Ce jour-là, le café ne désemplit pas. Elle est enveloppée par la foule, enroulée, protégée. Rien ne peut lui arriver. Jusqu’à la rubrique fait-divers. Entre le chien de la voisine écrasé et les vieux qu’on a retrouvé décomposés, la treizième voie. Un mec s’est bazardé. Y en reste quasi rien et tout ce qu’on en sait, c’est qu’il a couru droit devant lui, sans se laisser une maigre chance de survie, droit devant, droit devant ce foutu train, avec aux manettes un pauvre gars désespéré empoignant le frein de secours. Seule une main a été retrouvée. C’est cette main, immortalisée sur papier au milieu de tout et de rien, qui la fait frissonner. Sans savoir si c’était pour elle ou pour lui, elle s’est enfermée aux chiottes une plombe. Pour y chialer et vomir.    

Les ambitions suicidaires de Sarah Kane



Elle avait dit qu'à 4h48 elle ne parlerait plus. Elle s'est suicidée à 5h.
Pourquoi vivre puisque personne n'entend ? 
Le monde n'entend que lui et la rumeur sourde de ses habitudes, de ses convictions.
Qui écoute l'autre ?
Pourquoi a t'elle dit et fait ce qu'elle avait dit à 12 minutes d'intervalle.
Pourquoi, surtout, personne ne l'en a empêché.
Pourquoi, et c'est tout, personne ne l'a aimé.
Assez aimé.
Je sauterai certainement moi aussi.
Parce que c'est peut-être la seule fin possible pour ceux qu'on a privé d'eux-mêmes.
Vous ne m'empêcherez pas de mourir, puisque vous ne m'avez pas aider à vivre.
C'est maladif. Tout en relevant plus de la poésie que de la maladie. Ce n'est qu'une prison à ciel ouvert. Comme l’hôpital où Kane s'est pendue. Pour ne plus aimer. Enfin. 


Hedda et le clair-obscur


Noir. Ou clair-obscur. Ses pensées étaient claires, toute la soirée durant. La nuit nous enveloppant, c’est clopin-clopant que nous sommes rentrés. Ensemble.  Les clair-obscur se marient si bien quand la pénombre nous rends gris tout deux sous la lumière tamisée des halogènes. Je t’ai connu une nuit. Ton visage s’estompe déjà, me reste le souvenir des corps. Quand au levant tu en redemandais, le jeu était déjà fini puisque l’obscurité n’y était plus. Je ne donne rien dans la clarté, mais donne tout dans mes élans d’ivresses profondes, noires comme l’ébène. N’insiste plus, le jeu est déjà fini. Il eut fallu prendre de force ce que je ne voulais plus donner ou me laisser m’adonner mais à moi, il ne faut rien me demander. Le jeu a commencé comme mon ivresse l’a décidé, il a pris fin quand mes pensées l’ont voulu. Pardonne-moi mais tu n’es qu’une proie au milieu des autres. Même si j’ai aimé la clarté de tes pensées, l’obscurité de tes traits, pardonne-moi, mais ce jeu n’était pas fait pour durer. 

Hedda m'a parlé de toi


Toi... qui soutiens mon regard quand tu me fais glisser vers le plaisir… qui me glisse à l’oreille que tout peut durer le temps que je le souhaite…  Scrutant en nos iris le point de rupture de chacun, le moment où l’un donnera à l’autre le tournis, c’est à la perfection que nous interprétons nos rôles. Sans avoir eu besoin de répéter fusent les répliques, les rythmes changeants au gré de l’excitation des corps, quel jeu d’acteur. Drôle de réplique pour une drôle de danse où tout y passe, de la bestialité à ces charmes doucereux qui sont tiens,  que je n’ai jamais connu ailleurs, charme des rôles que l’on se donne, à la violence de nos sensualités. A l’évidence je devrai jouir et pourtant cela ne vient pas, pas complètement, ouvertement et pourtant, car je refuse de laisser libre ce dernier carré, cette chasse-gardée que sont mes dons d’orgasmes comme d’autres font don de leur sang. Je n’ai que mon sexe à te donner alors prends le. La Valkyrie que je suis ne lâchera pas une miette de son territoire au tien, pas encore et pourtant j’attends, je retiens, contiens cette petite mort qui grandi à l’intérieur de moi.

Et puis, insultée, humiliée, réduite à rien, comme j’ai aimé désespérer de toi. Hurler de plaisir, quand toi tu grognes les mots les plus avilissants. Prise à en pleurer sous les coups. Brûlée, consumée, parfaitement incendiée. Réduite en cendres. Oui mon amour, je t’ai aimé et ce fut trop. Je ne plus faire n’importe quoi avec toi. J’en suis devenue n’importe qui, n’importe quel trou, n’importe quelle balle pourrait me transpercer, ce serait toujours toi dans ces jeux là. Tu vois, là, je n’en peux plus je crois.

Café ?


Je me suis raccrochée à une boite de sucre. Celle que tu as achetée, de la bonne couleur. Le roux qui va avec le café. Celui que j’aime t’apporter, même quand je pense qu’il est dégueulasse, juste parce que l’espace de trente secondes, j’y gagne un sourire. A chaque fois je viens en paix et je repars en peine. Alors je m’accroche à cette boite de sucre. A tes rires à mes vannes de merde. A tes yeux qui me cherchent quand je les fuis. Aux miens qui te cherchent lorsque c’est toi qui fuis. Reste à me resservir un café, puisque tu ne proposes pas le dessert. 

Les verbes du troisème groupe


Devoir pouvoir savoir voir
Apercevoir recevoir entrapercevoir croire écrire
Sourire rire courir dire faire



De la présence de Sarah Kane dans "le crime du 21ème siècle"

De la présence de Sarah Kane dans « le crime du 21ème siècle. »

Edward Bond a dédié sa pièce, « le crime du 21ème siècle » à Sarah Kane, suicidée la même année que la création de celle-ci, en 1999. Doit-on y pressentir que l’ombre de Sarah Kane y pèsera lourd ? Quelques éléments du récit nous poussent à penser que l’ombre et même l’écriture de Kane sont présentes et bien vivantes à l’intérieur de la pièce écrite par Bond. Bond défendait Kane, Kane admirait Bond, Kane s’est suicidée, Bond lui a dédié la pièce la plus étrange de son répertoire.

D’abord, il y a la dédicace : pour Sarah Kane. Ensuite un prénom : Grace, qui est celui de la femme-rêve-objet, parce que prostituée derrière une vitrine,  qui fait fantasmer le docteur Tinker dans la pièce « purifiés. » Ici, elle est d’abord la petite fille perdue d’une mère qui la croyait morte et ensuite elle devient femme-rêve-objet pour Sweden, personnage devenu aveugle et en cavale.

La structure langagière est propre à l’univers de Kane, que cela soit dans « manque » ou « 4 : 48 psychose », le langage est décousu, les phrases des personnages s’entremêlent, se complètent, se finissent et se contredisent au point que l’on pourrait effacer le nom des personnages sans que cela ne porte préjudice à la compréhension de l’œuvre. 

Dans la pièce de Bond, le langage est déstructuré, la parole est perdue, les règles syntaxiques n’existent plus. Inconsciemment (ou consciemment ?) tout tend à rendre hommage à Sarah Kane.

Extrait de l’œuvre de Bond, page 56, édition de L’Arche, collection « scène ouverte » :

Sweden : Dis-moi ! Me suis toujours débrouillé – arrangé – faut bien ! Maintenant toi fais-le ! Aide-moi ! Je veux vivre – pas mourir ici comme un animal – un chien sans yeux ! Aide-moi à être humain ! Tout ce que j’ai demandé c’est de l’aide ! Tu aurais pu me guider ! Si je lâche je pourrais plus jamais t’attraper – m’accrocher à –

Hoxton : moi – moi – moi – moi –

Sweden : Menteuse ! Elle doit faire mieux !

Hoxton : je viendrai –

Sweden : Pas ça ! Quelque chose d’autre ! Je l’ai déjà demandé ! T’es pas venue ! Jamais jamais t’es venue ! Je sais pas quoi faire ! Si je la tue comment je vivrai ? Qu’est-ce qui m’arrivera ?

Hoxton : moi- moi – moi

Toute  la problématique de Kane  se retrouve ici : les êtres humains, perdus et perdants, ne cherchent qu’un peu de réconfort dans le rapport à l’autre, qui que fut cet autre, il est  point d’attache et  exutoire à la fois.  Sans cet autre rêvé, la mort est la seule issue, qu’elle soit acter ou qu’elle s’en tienne à être une mort intérieure. Dans ce même passage, la sexualité devient brutale « donnez-moi ses seins ! Où sont ses seins ! Trouve pas ses  - »ici  encore plane l’ombre de Kane, dans cette réflexion sur le corps, suspendu, arrimé aux autres ou seulement  à des bouts des autres (ici, voir le cannibalisme et les abus sexuels dans les pièces de Kane.)

                Nous encourageons le lecteur à consulter et l’œuvre de Bond et l’œuvre de Kane afin de s’en faire sa propre opinion. Bonne lecture.

Extrait de l'oeuvre de Kane, "manque", page 49, L'Arche, collection "scène ouverte" :


A : La culpabilité rôde comme l'odeur de la mort et rien ne peut me délivrer de ce nuage de sang.


C : Tu as tué ma mère.


A : Elle était déjà morte.


M : Si tu veux que je te maltraite je te maltraiterai.


A : Elle est morte.


B : Les gens meurent.


M : ça arrive.


C : Toute ma vie se passe à attendre la personne qui actuellement m'obsède et les semaines se consument jusqu'aux quinze minutes de notre prochain rendez-vous.




Au 92 ème actes, je commencerai à parler



Rien de plus que des actes manqués et de vaines paroles. Est-ce que je vais me taire pour autant ? Rien n’est moins sûr.  Combien encore d'actes manqués. J’essaye de grandir, de comprendre, j’étais énervée vous savez. Et puis je me suis calmée, j’ai voulu acter et je le veux encore. Je n’y suis pas parvenu. J’ai continué à baiser, moins, à boire, beaucoup, fumer, toujours, espérer, encore. Je n'ai pas encore agi et je le voudrai pourtant. 

To do list.

Passer et oser toucher ta main. Passer et, distraitement, caresser tes doigts. Profiter d’un escalier ou d’un couloir. C'est ma seule envie. Je mentirai en disant le contraire. C’est pour cela que je ne t’écris pas, parce que j’essayerai de te faire croire le contraire. Ou plutôt je t’écris mais ne te le montre pas. Plus. Et puis je me suis endormie un soir en pensant que tu voulais des actes, pas des paroles. Alors j’ai repensé à  caresser ta main  profitant d’un malentendu, j’ai pensé à en avoir le courage, j’ai pensé à ne plus avoir peur de rien, peut-être aussi parce qu’autour de nous à part quelques-uns nous étions entourées d’un tas de blaireaux. Alors j’avais moins peur qu’ils voient mon amour pour toi, je m’en foutais même, je commençais à avoir envie de le dire au monde entier. Les gens m’ont fatiguée,  pas toi. Et puis finalement, une énième fois, je n'ai rien fait de cette envie. Le post-it auquel s'ajoute chaque envie qui prend fin n'est plus assez spacieux pour toutes les recueillir. 

Avec des rides aux coins des yeux



Un jour je nous ai regardé différemment. Il y avait de la neige, tout autour, sur les toits. Je me suis souvenue que tu partais souvent trouver refuge, tuer ta solitude, quelque part au milieu des montagnes. J’ai vu ta tête contre mon épaule, senti tes seins contre les miens et nos mains se caresser encore, à moitié endormies. Nous ne savons pas nous arrêter. Au grand dam de ton père, qui n'a de cesse de me raccrocher à la gueule en me disant qu'il ne veut pas de guine chez lui. Et j'ai repensé à ton ventre, que tu m'interdis de toucher et de regarder. Je connais pourtant par cœur toutes ces cicatrices. Celles que ce même père t'a légué à coups de ceinture. Je voudrais caresser ses blessures là, que tu les acceptes comme une part de toi-même. Qu'elles te rappellent que toi aussi tu as le droit de vivre. Même sous les coups. Mêmes sous une pluie d'insultes. Il faudrait que ton visage cesse de s’émacier à grand renfort de drogues. Il faudrait que tu arrêtes de vomir sur les murs défoncée à la morphine. Il faudrait que j'arrête de te quitter pour la cinquantième fois entre le dessert et le café. Il faudrait que tu ne trouves pas refuge dans les bras de cet homme qui te bat lui aussi. Je sais que je partirai encore, je partirai toujours parce que je ne sais pas frapper. Je ne veux pas te faire de mal. Ou alors pas celui-là. Elo. Dis, pourquoi tu ne grandis pas... Pourquoi joues-tu encore à mourir ? C'est un jeu idiot, tu sais. Regarde, cela ne m'a jamais réussi. Je suis encore en vie. 

Lointain silence

Pourquoi es-tu revenue ? C'est la tristesse qui est restée.


Ainsi parla Yorgos Vengakis à sa mère lorsqu'avec elle il a débarqué à Smyrne, la ville qui l'avait oubliée.


Hedda



Hedda a toujours aimé le conflit. Elle-même dit à qui veut l'entendre, je n'aime pas la guerre, mais je n'ai pas peur du conflit. 

Hedda a souvent les amants que j'aurais voulu avoir. Parfois, elle les partage avec moi. Alors je goutte à la même sève qu'elle et me dis que l'on peut définitivement faire n'importe quoi, mais pas avec n'importe qui. C'est la seule règle à respecter dans le grand jeu qu'est la vie. Parce que non, la vie n'est pas un supermarché. On ne claque pas la porte à la gueule des autres comme on change de string. Non. Même dans la plus grande décadence, il y a des règles, un cadre, une limite que l'on peut franchir, certes, mais seulement avec ceux qui ont les mêmes règles, les mêmes vices que nous et qui les assument. Sans cela, nous sommes condamnés à nous bouder et à nous oublier. L'avantage avec Hedda, c'est que l'on peut faire n'importe quoi, on ne s'en voudra pas.

Hedda part au combat, mais jamais sans raison. Si l'on y regarde bien, ceux qu'elle a combattu et vaincu sont ceux qui n'avaient d'autres règles que d'emprisonner l'autre. Mais nul ne peut exister sans faire siens les principes de l'autre. On ne peut enchaîner personne, à part soi-même, à ceux qui nous auront choisi. 

C'est pour cela qu'Hedda a choisi de me prêter ses chaines. Une façon de combattre pour elle. Me refiler à baiser l'homme qui avait été jusqu'à la violer avait été une façon de s'en libérer. On peut tout faire avec Hedda. On peut tout vivre. D'elle, je crois que je peux tout accepter. Y compris d'être la résolution de ses conflits.

Marie

Marie m'a toujours fait rire, avec ses sapes trouvées on ne sait où et son Mickey poignardé en plein slip. Marie a toujours eu un don, celui de braver le danger, de se mettre dans la pire merde, avec le sourire, toujours. Et de s'en sortir. Les pirouettes de Marie valent leur pesants de cacahuètes. Oh bien sur, Marie finira dans une grande maison, bien loin de ses tribulations de jeune femme incandescente. Mais c'est ce qui ira le mieux à Marie. Certains diront, elle fait semblant. Moi non. J'aime bien Marie. J'aime bien Marie quand elle défie la vie, quand elle se fout de la destination, quand elle tombe amoureuse et qu'elle devient, toujours un peu plus, elle. Sans jamais renier ce qu'elle fut la veille. C'est assez rare pour être noté. Ceux qui ne changent pas quand le bonheur leur tombe au coin de la gueule. Marie fait partie de ces gens là. Fidèles à eux-mêmes et aux autres. C'est assez rare pour être noté, dit et redit. Et Marie, moi, elle me fera toujours rire. 

L'Enfer est-il sur terre ?


Une nuit j'ai été dans une enclave, close, fermée par des murs. Si l'enfer est sur terre, il ressemble peut-être à ça  Je remercie mon inconscient de n'y avoir rien mis de sanglant. D'avoir été subtil. Mais cruel. Peut-être bien que tout ceci était vrai, dans une certaine mesure. Ou peut-être que ce qui est vrai est encore pire.

Au commencement, une pseudo fête avec plein de gosses, déconnectés de la réalité et salement atrophiés par des trucs qui vous crament jusqu'à l'os et font qu'on évacue le pâté de maisons.

Les voisins se révèlent. On comprend qu'au moment où on s'en serait bien passé, il y aura toujours des gens pour vous passer devant sans y prêter attention. Vous écraser au passage. Récupérer ce qui peut l'être.

Top départ. De pauvres âmes entassées dans un bus qui part on ne sait trop où. Et je me retrouve en plein délire coincée entre une mère hystérique qui pleure on ne sait trop quoi - il n'est pas certain qu'elle-même soit au courant - et les images subliminales d'une télé réalité où le non héros de ce flot incessants d'instantanés sans logique aucune se retrouve à draguer une autre hystérique. S'endormir sur un lit d'enfant, que l'enfant nous laisse bravement et sa mère qui sert le café au réveil sans vouloir entendre de désolée. Vous en aviez besoin. Nous aussi.

Il y a des corps suspendus qui se regardent sans parler, mais qui attendent la même chose, le dénouement. Et on en a même pas le temps de se dire au revoir. Que l'on se retrouve déjà sur les routes, encore. Parce que la réunion l'a dit, il faut partir. Même sans se blairer, il faut partir. Il n'y a plus d'ego, que des corps perdus dans la même danse macabre. Les paysages défilent, communs, effrayant de cruauté, c'est à côté de chez moi ici. Qu'est ce qui se passe ici. Ici.

Baraquements, produits estampillé certifiés d'origines importés. Bien rangés. Le bus hurle de rire, autant qu'à l'infamie. Fils barbelés, petits carrés d'espace encerclés de grillages. Police répressive. Vous fumez avec du carton ? Vous ne savez pas que c'est interdit ? Pourquoi on me pose cette question ? Et la pauvre hystérique hurle encore à torts et à travers, elle restera là pour non respect des consignes. Les gosses aussi. On ne sait jamais qu'ils soient dangereux eux aussi.

Allons-y pour la garde sous autorité d'hystérique. C'est mieux que la meute de clebs qui est partout. Maisons, rues, centre de "collectivités" - au vu de tout ce qui s'y passe comment appeler ça centre pour enfants ? Les mômes attendent de grandir pendant que leur parent, à deux doigts de ne pas s'en sortir, cherchent un plan. Il faut repartir. Faudra qu'on m'explique pourquoi l'hystérique se retrouve à justifier par des détails alambiqués d'où elle vient. Mais elle ne parle pas d'elle, elle parle de quelqu'un qui n'existe pas.
On sort un téléphone, ça suffit pour qu'un chien rapplique. Suivi par tant d'autres qui mordent sans que le maître n'y voit d'inconvénients. La police n'a rien à en dire. Si ce n'est avez-vous le droit d'être ici. C'est pas la question là, non ? On s'en fout peut-être, l'essentiel se serait peut-être d'intervenir. Des hommes et des chiens repassent et trinquent au privilège de pouvoir répandre la merde sous l'oeil satisfait de la flicaille. On se démerdera pour se frayer un chemin entre les hommes, les barricades et les chiens.

On finira par le trouver pour de nouveau être entassés sous l'oeil de ceux de l'autre côté de la cour, juste au dessus, la vue  offerte sur le salon est tristement affligeante. Dans du rose insupportable pour l'oeil cerné, la grosse madame joue avec un enfant et nous salue grossièrement en secouant bien haut ses fanons de bras bien gras dans un sourire assassin. La gosse, la notre, elle, elle a fini par se réveiller par la force des cris de l'hystérique nounou. Maman. Où est elle ? La gosse est planquée entre les lits, parce qu'elle pige que dalle. Une autre gosse bondit sur le lit, dans un grand geste d'amour me balance du Maman, ce qui ne m'étonne même pas, cela ne me fait pas poser la question essentielle de savoir où est sa mère. L'hystérique continue à gueuler, elle appelle la gosse dans un sourire édenté. Laisse tomber va, sa mère c'est moi maintenant. Les deux jubilent, y en a deux pour le prix d'une, une qui calme son début d'hystérie et sa peur panique, l'autre jubile parce qu'elle n'est plus perdue. Son innocence ou son manque d'intelligence naturelle l'ont protégé.

C'est reparti pour un tour de ceci n'est pas conforme. Quoi ? Mon trousseau de clé ? Vous plaisantez ? Le pire c'est qu'ils ne plaisantent pas non. Tout le monde est rentré. ça s'entasse dans des petits coins, entre les lits et leurs barreaux. Entre les gosses qui se terrent sous leur mère. Les pères s'entraînent à coup de bâton parce qu'on a rien trouvé d'autre. Et comme cela aussi ce n'est pas réglementaire, on assiste aux triomphe sans gloire d'une poignée de femmes toutes griffes dehors.

Le bus ne repartira pas. Les enfants ne grandiront peut-être pas. La mère est toujours hystérique. Le souvenir de celle qui a l'hystérie magnifique relie un peu, un petit peu, un tout petit peu encore le corps à l'esprit, pour ne pas tomber de son perchoir en plein délire et finir comme brailleuse édentée officielle de tout ces magnifiques perdants. Il y a de la sueur, des odeurs, des relents de gaz dans les gosiers. Si l'enfer ressemble à cela, il ne faut pas s'étonner de nous voir fermer les yeux pensant y échapper.

Il y a longtemps




Cathy ? Elle entre, en me poussant un peu, elle referme la porte. Je ne l'ai pas vu depuis... ça fait longtemps. Elle rit, je suis étourdie, c'est l'effet que cela me fait. Elle rit encore. Elle sait, lorsque je suis gênée, je cligne des yeux. Respiration. Elle regarde vers le canapé, je prendrai le fauteuil, elle s'assoit. Elle dit, qu'on peut parler simplement. Elle me fixe, je cligne des yeux, mais je la fixe. Un instant j'abaisse mon regard, elle en profite, elle se lève. Je respire fort, elle est devant moi, j'ai son bas ventre en face de la figure. J'avale ma salive, elle relève un peu son maillot, approche son ventre de ma bouche. Son ventre est doux et duveteux. J'hésite, je ne cligne plus des yeux, ils sont fermés. Reste d'angoisse. Je ravale ma salive, elle caresse mes cheveux, me relève la tête d'un mouvement de la main, sous le menton. Je la vois, d'instinct, mes mains font le tour de ses jambes. Nous voilà au fond du fauteuil, jambes serrées par les siennes, son ventre à portée de lèvres, à portée de mains, ses chaussures, je les enlève. Ce sera utile. Elle se penche, me pousse contre le dossier. Je m'arrête, je la regarde. Il y a j'ai envie de toi dans mes yeux, d'autres choses aussi, plus floues. Son front touche maintenant le mien. Mes yeux se ferment, maintenant son nez et puis sa bouche. Je me réveille.      

Quick Time

C'est bon là ? Quoi ? On s'est trouvé, n'est-ce pas ? C'est bon hein ? On pourrait dire cela, c'est bon, hein, cela ne sentirait pas la conviction. Il s'en fout. Tu l'as eu mon trou, je te l'ai donné. A baiser sauvagement. Et j'avoue, j'ai joui. Un petit instant, entre deux, c'est bon hein, j'ai joui. Tu m'a bien baisée et tu le sais. C'est ce que tu voulais, certainement je le voulais aussi. Il dort, je voudrais être dehors, loin et je m'endors. Demain, il n'y aura personne.

C'est pour cela Maman.


Les insomnies sont revenues. Il n'y a de nouveau que l'alcool qui puisse me faire dormir. C'est triste, tout de même.

J'avais guéri loin d'ici. Dans une enclave sur terre, encerclée par des navires de guerre, survolée par des drônes, entre la mer et des frontières imaginaires. J'avais guéri. Et puis tout est revenu. Tout est revenu me faire du mal. L'absence, physique, l'absence, de sens. Le trop plein de souvenirs.

Les enfants aussi portent parfois des couteaux. Des coups. Ils se refilent leur blessure les uns les autres quand ils ne les comprennent pas. Nous étions dans un lit. Enfants. Je lui caressais la joue, comme une autre enfant m'avait caressé la joue parce qu'un adulte avait caressé la sienne. Je lui disais de ne pas pleurer. Comme à l'autre je disais qu'il fallait parler. On ne peut pas terrer dans le silence de telles choses. Ou alors un jour on explose. La résilience ne fait pas tout. Malheureusement. Et puis on a rien dit. Alors on s'est refilé la patate chaude. On n'a jamais pris le temps de comprendre. Personne n'a posé de questions. Alors on a enterré cela.

Un jour, je faisais le ménage chez des particuliers et je suis tombée sur un ours en peluche. Il m'a rappelé un autre ours en peluche, il fallait que je fasse confiance à ces "particuliers" pour que le souvenir puisse remonter à la surface. Sans cela, je n'aurai pas osé ouvrir la boite secrète de mes souvenirs enfouis... Celle chez qui je nettoyais les chiottes, je l'aimais. Parce qu'elle ne pouvait pas me faire de mal. Elle ne m'aimait pas. Elle ne pouvait pas m'atteindre. Il fallait cela pour que tout le reste soit possible.

J'ai fui mon enfance parce que des adultes interdisaient à des enfants comme moi de vivre la leur. Alors j'ai pris le parti de devenir grande avant l'heure. Avant de comprendre. Dans le silence j'ai pris des années sans le vouloir vraiment. Mais avais-je le choix ? On ne pouvait pas parler alors il fallait grandir et faire comme les grands : fermer les yeux.

Un jour, j'ai voulu le dire à Maman. Elle a pleuré. Elle a aussi dit qu'elle savait. Un peu. Alors j'avais plus rien dit parce qu'elle s'était mise à pleurer et que je ne voulais pas qu'elle pleure. Je la faisais assez pleurer comme ça. Je ne voulais pas rajouter une certaine forme de culpabilité. Mais peut-être qu'ils savaient tous. Auquel cas, aucun d'entre eux ne s'est soucié de ce que cela nous faisait, réellement. Les adultes, je les hais depuis ce jour. Depuis le jour où j'ai compris qu'ils étaient aussi lâches que les enfants sont innocents.

Je voudrais fermer les yeux. Dormir. Vraiment. Faut-il toujours que j'aille trifouiller le cul de la pire misère humaine qui soit pour oublier la mienne ? Nous sommes handicapés des sentiments, handicapés de l'insertion, handicapés adultes car atrophiés enfants. Un jour, il paraît qu'on guéri. Mais quand ? Moi je voudrais juste fermer les yeux et dormir vraiment. Sans drogues, sans alcool, sans avoir à attendre les premiers rayons du soleil. Je voudrais dormir pendant l'obscurité au lieu d'y trouver un refuge. Je veux dormir. Je veux guérir. Je voudrais oublier. Les enfants, les ours en peluches, les couteaux cachés derrière, le viol, la misère, la guerre. Je veux tout oublier. Je veux grandir, vraiment. Un jour, enfin. Je voudrais que ce jour prenne fin. Je veux dormir en paix. Faire la paix avec moi. Je n'y suis pour rien. C'est ce qu'il paraît.

Les films de grands, je les ai tous vu petite ! Je veux que le film recommence, que cela soit innocent, que cela soit pur. Je veux un film sans souffrance. Sans adulte. Je veux une morale à la fin. Je veux un sens.

Je ne peux pas avoir confiance en vous. 

Je suis petite. J'aurais toujours six ans finalement. Et les rêves qui vont avec. Mais un jour je guérirai. Simplement je ne sais pas quand. Alors j'éclabousse tout de mes colères et des mes envies d'enfant.

J'aurais du tout dire à Maman. 

Ils ont demandé si j'étais "elle"


A vrai dire, j'ai grandi d'un côté et Cathy d'un autre,  donc entre ce que tu lis, cher lecteur, ce qui est ici, ce que dit Cathy, ce que moi, auteur, j'en dis, il y a une différence. Cathy n'existe pas. Ou seulement dans ma tête. Et a t'elle vraiment existé un jour ? Pourtant elle parle. Je ne suis pas Cathy, même si elle a certains de mes traits et que certaines de ses histoires sont les miennes. Mais Cathy dit des choses qui me dépassent, qui ne la dépassent pas elle, elle elle s'en fout, moi pas. J'ai grandi, Cathy est partie mais elle est toujours là. Comme un personnage en quête d'auteur (1) et moi j'ai besoin d'écrire. Alors Cathy pense, vit, dit et moi j'écris. Cathy a une famille qui n'est pas la mienne, des amis qui ne sont pas les miens. Tout ce petit monde existe peut-être, même ses cauchemars incessants, une autre réalité, n'importe quoi peut exister en dehors d'elle, mais elle, dans un récit elle n'est que ce qu'on en écrit. Si Cathy devait garder une seule phrase d'elle-même, ce serait celle-là : écris et crie. Ce qui fut dit par un très grand philosophe, il y a très longtemps. 

Tout personnage existe indépendamment de son auteur. Quand bien même il n'en serait qu'un avatar. Nous ne sommes pas nos personnages. Nous sommes acteurs de nos vies, ce qui est déjà pas mal. "Eux" sont des extensions. Des doubles ? Des défouloirs ? Même pas. Ils existent au-delà de toute réalité. Ils disent "une" réalité. Croire que celle-ci se confond forcément avec son auteur est une illusion. L'auto-fiction a elle aussi ses limites. Du moment qu'elle dit quelque chose qui va au-delà de l'auteur et son ou ses personnages, alors on dépasse le cadre auto-fictionnel et à ce moment là, on raconte bel et bien quelque chose. En dehors de nous-mêmes.

Exemple, Cathy emmerde le monde entier. Moi pas. Et à dire vrai, je ne l'envie pas.

(1) Voir la pièce de Luigi Pirandello "six personnages en quête d'auteur."

J'ai parlé à une vieille.



Qui êtes-vous ? Je m'appelle Soultana Vengakis. Je viens d'une ville oubliée, Smyrne. En Anatolie. Mais c'était il y a longtemps. Avant, j'étais turque. Mais ça, c'était avant que je n'épouse un grec. J'ai du devenir grecque, alors même que je ne l'étais pas. La ville a brûlé il a fallu partir, pour ne pas périr nous aussi. Mais dans les bateaux, on ne nous laissait pas toujours monter. On nous jetait de l'huile bouillante. Quelques navires français ont dérogé à la règle, ils nous ont laissé monter.Je suis devenue grecque. Mon mari est devenu fou. Il est parti, je suis restée. Dans ce pays qui n'est pas le mien.  Lui est parti ailleurs. Nous ne nous sommes pas revus. Tout ce dont je me souviens, c'est qu'il était grec, que j'étais turque, que nous vivions en paix. Et puis la guerre a éclaté.

Dicton

Génération boisson : tous dans la même bouteille.

Un très grand philosophe, il y a très longtemps, vraiment très très longtemps.

Wake up and sleep

         Ce que je disais avant était beaucoup plus intelligent. Plus violent aussi. Plus en colère. Je hais toujours les psys et les psychotropes. Psycho trop de trucs. Medico-trop-de-choses. Ils veulent tous soigner trop de trucs. Pour ensuite se plaindre que les caisses de retraites sont vides. Arrêtez l’expérimentation et laissez-nous crever en paix. C’est là une des choses intelligentes que je pense avoir écrit auparavant. Lutter pour mourir. A quoi ça sert ? Si déjà vivre est difficile. Vivre vraiment. Pas seulement consommer ce qu’on nous propose ou impose en critiquant quand même un peu. Garder un brin de réaction mais seulement dire, ne jamais faire. A quoi ça sert ? Vous reprendrez bien un peu de dessert ?

Lettre au Père Noël.



Je veux être ton amour. Le dernier de tes phantasmes. L’endroit où je n'ai plus de chaines. Je ne veux plus souffrir ou seulement si c’est toi, sous tes doigts, je veux bien, encore, avoir mal, un peu. Si toujours tu reviens, si toujours tu pardonnes. Si tu ne m’en veux pas quand je pense que tu es un crétin. Que tu es sale. Paumé. Je veux bien de ton amour s’il ne m’éclabousse pas. S’il ne m’attache pas. Si on ne fait pas semblant. On est grand, n’est-ce pas ? Alors ne me mens pas comme un enfant. Si tu pars, va-t’en. J’ai arrêté de retenir les gens. Je n’en ai plus le temps. Je veux bien être la plus grande salope que tu côtoies, si je suis aussi la dernière.

Je ne te demande pas d’être romantique. Je ne l’ai jamais été. Je veux pas de promesses, je ne veux pas de projets. Je ne veux pas de rêves à deux. Je veux juste me réveiller un matin d’hiver, avant que le soleil ne se lève, contempler la neige sur les toits, penser que j’ai encore envie de toi, te regarder, ne rien dire, ne rien faire, remonter mes couvertures, me blottir contre toi. Remuer mon sexe encore humide contre les draps, regarder la neige, encore, attendre que tu ouvres les yeux. Me rendormir. Etre réveillée par la trique que tes rêves auraient provoquée. Tu vois, je ne te demande pas d’être romantique. Je ne le serai jamais.

Je ne veux pas de tes rêves. Je ne veux pas que tu m’aimes parce que tu me haïrais à la fin. Je pars toujours. Je ne veux pas de ton amour. Je n’en ai plus à donner. Je m’appelle Cathy, je suis une catin. Tu vois, je ne suis pas quelqu’un de bien.

Mais je veux bien essayer. Faire semblant d’être civilisée. Et si un jour je t’aime, ne le dis à personne.

Confession






Là, tu t’étais rendu compte qu’elle te regardait encore. Qu’elle te guettait toujours du coin de l’œil. Comme toi tu le faisais. Tu te souviens que tu me l’avais dit toute gênée ? Rouge de honte. Et ce rouge et cette honte ne te ressemblait pas. Tu me feras toujours marrer toi. Après, elle t’a proposé de la suivre, elle voulait te parler d’un truc, c’est ce qu’elle disait. En réalité, tout ce qu’elle voulait, c’est que tu marches devant elle et qu’elle, elle passe et repasse ses mains dans ton dos. C’est tout ce qu’elle voulait. Et que tu rougisses encore. Elle te cherchait. C’est tout. Tu m’as raconté ça à moitié ivre. Et à moitié nue aussi parce qu’on était à moitié ivre, mais pour une fois, tu avais été honnête. Tu m’as dit son prénom, tu m’as dit depuis combien de temps ce jeu là durait. Tu m’as parlé d’une porte derrière laquelle elle était. Tu m’as dit ce qu’elle était, je t’ai dit de laissé tomber, tu m’as dit que s’était mort d’avance, que ce deuil là ne serait pas possible et qu’encore tu entendrais ses pas derrière cette porte et qu’à chacun de ces moments-là tu aurais toujours la même envie, poser une main sur son bras et lui dire, et si on arrêtait, à défaut de faire l’amour, ouvrons plus souvent cette porte et arrêtons de nous planquer derrière nos égo mal fichus. Je t’aime bien quand même, même sans ces je t’aime à la va-vite trop employés, même sans réciproque. Même si encore une fois, à ce moment là, je me rendrais compte qu'elle te regardait encore






Je sais que ce jour là, elle n’avait pas mis de talon. Je le sais parce que tu me l’as raconté. Elle t’a surprise. Tu es entrée. Je t’y vois bien, je suis pliée de rire à l’idée de te voir te liquéfier. Ou peut-être que ce jour là, tu as enfin eu confiance en toi. Dans les bras de cette femme là. Attachée et délivrée. Aimée, meurtrie, caressée et blessée. Mais aimée. Aimée d’un corps à corps sans corde au cou. N’importe lequel, ou pas, c’est ce que tu disais. Celui-là de corps, je sais qu’il peut me libérer. Trop d’amour à donner. C’était notre devise. Nous avions bien trop d’amour à tuer pour éteindre les braises de notre existence. Après elle, tu es devenue sérieuse. On n’a rien compris. Je sais que tu la désirais. Je le sais ça. Le reste, ce qui passait par ta tête et l’envie incessante que tu en avais, cela n’appartient qu’à toi. Même pas à elle. Et ce n’est pas moi qui décrirais ce que cette femme t’a fait. Mais je sais ce que tu es devenue après. La hache de guerre enfin enterrée. L’alcool que tu t’étais remise à boire juste quand tu tombais raide de celle d’avant. Ou de celle dans le même temps. Laquelle des deux annulait l’autre ? Tu as laissé prendre la place. Installée confortablement dans ta tête, des courbes, des poses et traits d’esprits. Après, ouais, après, on n’a pas compris. Le calme. L’envie d’arrêter les conneries. Arrêter de boire pour la dixième fois. Et ce énième regard en coin.