Sortie du chenil


Je suis un bon chien. Je cours derrière mon maître. Je marche derrière lui. Je fais oui ou non de la tête. Et quand c’est non, je fais comme si c’était oui et me tais. Je me terre très bien dans les silences, face à l’incandescence de tes yeux, qu’ils brillent ou me fusillent. Je me terre très bien dans les silences. Ils sont confortables. Ils me rassurent. Chaque mot, chaque pas, chaque regard est un risque. Le risque de trébucher, de mal faire, mal dire. Alors je me terre et j’espère. Je suis fidèle. Soumise. Je suis un bon chien. Mais c’est uniquement parce que je pense avoir un bon maître.

Plateau de jeu

Il a écarté les jambes, là, sur le canapé. Il m'a regardé comme jamais il n'avait osé le faire. En deux mots. Viens sucer. Le début du grand n'importe quoi. Ou comment en arriver au point où entre potes, cela peut virer bizarre. Un type découvrant alors que le titillage d'anus est fort agréable. Un type qui se retrouve à devenir une femme. Je suis l'homme et la femme. J'ai l'habitude. De mener la danse et d'emmener les autres là où ils n'oseraient pas aller sans cavalier à la hauteur de ce jeu. Car tout ceci n'est qu'un jeu. Baiser n'est qu'un jeu. Et "Je" ne connait pas de règles fixes. 

La vérité enfin. Peut-être.

Je voudrais que cette fois on aille au bout du jeu. Allez au bout, au bout de nous. Laquelle des deux est la pire en sachant que moi je suis prête à me scratcher en plein mur? Certainement moi alors. N'est-ce pas ?

Du temps que je voudrais te voir nue... Je ne me pose pas cent mille questions, je sais ce que je veux, je sais ce que je ne veux pas. Je ne sais pas ce que tu veux toi et ce que tu ne veux pas. Tu me gardes ou tu ne me gardes pas, c'est la seule règle de ce jeu curieux. Je te laisse décider, je reste un jour ou dix ans à caresser ta peau, près de toi, je ne sais pas ce que l'on construira, je ne sais pas si je veux construire quelque chose avec toi. Je n'en ai aucune idée, la seule chose que je sache, c'est que j'ai envie de toi, à un degré absurde peut-être, mais quel que soit le résultat, j'aime le jeu. Alors jouons. Sans être sures de qui perdra, même pas de si quelqu'un perdra. 

La vérité sur Hedda


La première fois que j’ai posé mes lèvres sur celles d’Hedda, j’ai regretté. Je ne sais plus pourquoi j’en avais envie. Je ne sais plus pourquoi je l’ai fait. Je me souviens que je n’avais pas aimé ça. La deuxième fois que j’ai posé mes lèvres sur celles d’Hedda, c’est la chaleur dégagée par son cou quand mes lèvres s’y sont posées qui m’a fait frissonnée. Le reste, je me souviens que je n’ai pas aimé cela. Et puis on a recommencé. On était relativement complètement bourrée. Peut-être pour cela. 

Elle m’a dit qu’elle avait joui. Après six ans d’abstinence où je ne faisais que rêver, jonglant avec les silences. Nous nous connaissons depuis si longtemps, Hedda et moi, elle, elle aimait la proie, et voulait bien être prise par un apprenti chasseur. Hedda, c’est être soumise ce qu’elle voulait. Mais savais-je encore soumettre quelqu’un d’autre que moi ? Moi qui m’étais soumise à tant de vents contraires, pour finir enfin noyée sous l’écume des autres. Mais pas une. Plus une depuis longtemps, puisque l’hygiène ne m’intéressait pas. Sauf avec Hedda. Et je ne sais pas dire le pourquoi.

Je ne voulais pas baiser avec Hedda. Mais je le faisais certainement pour deux raisons. La première étant qu’au fond,  je ne cherchais qu’un peu d’affection. Quelques secondes, dans les bras de quelqu’un, peu importe qui, une personne qui ne me ferait pas de mal. Entre amis, on peut tout se permettre. Un tant soit peu. Hedda était de ces amitiés-là, fidèles et pratiques. La seconde raison portait un prénom, mais comme  ce prénom là n'entendait pas le mien, je me réfugiais dans les désirs d'une autre. Pour  essayer de vivre quand même. Ressentir quand même. Se défouler, un peu aussi.

Ce que je voudrais, c’est refaire toujours cela avec Hedda. Je ne veux aller nulle part avec elle. Mais je veux bien goûter encore au confort de ses bras. Me bouffer un mur et m’écorcher encore le coude. Tomber sous les assauts de ses doigts à l’intérieur de moi. Je veux bien encore tout cela. Et faire à Hedda ce qu’elle veut que je fasse d’elle-même.