Un jour je nous ai regardé différemment. Il y avait de la
neige, tout autour, sur les toits. Je me suis souvenue que tu partais souvent
trouver refuge, tuer ta solitude, quelque part au milieu des montagnes. J’ai vu
ta tête contre mon épaule, senti tes seins contre les miens et nos mains se
caresser encore, à moitié endormies. Nous ne savons pas nous arrêter. Au grand dam de ton père, qui n'a de cesse de me raccrocher à la gueule en me disant qu'il ne veut pas de guine chez lui. Et j'ai repensé à ton ventre, que tu m'interdis de toucher et de regarder. Je connais pourtant par cœur toutes ces cicatrices. Celles que ce même père t'a légué à coups de ceinture. Je voudrais caresser ses blessures là, que tu les acceptes comme une part de toi-même. Qu'elles te rappellent que toi aussi tu as le droit de vivre. Même sous les coups. Mêmes sous une pluie d'insultes. Il faudrait que ton visage cesse de s’émacier à grand renfort de drogues. Il faudrait que tu arrêtes de vomir sur les murs défoncée à la morphine. Il faudrait que j'arrête de te quitter pour la cinquantième fois entre le dessert et le café. Il faudrait que tu ne trouves pas refuge dans les bras de cet homme qui te bat lui aussi. Je sais que je partirai encore, je partirai toujours parce que je ne sais pas frapper. Je ne veux pas te faire de mal. Ou alors pas celui-là. Elo. Dis, pourquoi tu ne grandis pas... Pourquoi joues-tu encore à mourir ? C'est un jeu idiot, tu sais. Regarde, cela ne m'a jamais réussi. Je suis encore en vie.