L'Enfer est-il sur terre ?


Une nuit j'ai été dans une enclave, close, fermée par des murs. Si l'enfer est sur terre, il ressemble peut-être à ça  Je remercie mon inconscient de n'y avoir rien mis de sanglant. D'avoir été subtil. Mais cruel. Peut-être bien que tout ceci était vrai, dans une certaine mesure. Ou peut-être que ce qui est vrai est encore pire.

Au commencement, une pseudo fête avec plein de gosses, déconnectés de la réalité et salement atrophiés par des trucs qui vous crament jusqu'à l'os et font qu'on évacue le pâté de maisons.

Les voisins se révèlent. On comprend qu'au moment où on s'en serait bien passé, il y aura toujours des gens pour vous passer devant sans y prêter attention. Vous écraser au passage. Récupérer ce qui peut l'être.

Top départ. De pauvres âmes entassées dans un bus qui part on ne sait trop où. Et je me retrouve en plein délire coincée entre une mère hystérique qui pleure on ne sait trop quoi - il n'est pas certain qu'elle-même soit au courant - et les images subliminales d'une télé réalité où le non héros de ce flot incessants d'instantanés sans logique aucune se retrouve à draguer une autre hystérique. S'endormir sur un lit d'enfant, que l'enfant nous laisse bravement et sa mère qui sert le café au réveil sans vouloir entendre de désolée. Vous en aviez besoin. Nous aussi.

Il y a des corps suspendus qui se regardent sans parler, mais qui attendent la même chose, le dénouement. Et on en a même pas le temps de se dire au revoir. Que l'on se retrouve déjà sur les routes, encore. Parce que la réunion l'a dit, il faut partir. Même sans se blairer, il faut partir. Il n'y a plus d'ego, que des corps perdus dans la même danse macabre. Les paysages défilent, communs, effrayant de cruauté, c'est à côté de chez moi ici. Qu'est ce qui se passe ici. Ici.

Baraquements, produits estampillé certifiés d'origines importés. Bien rangés. Le bus hurle de rire, autant qu'à l'infamie. Fils barbelés, petits carrés d'espace encerclés de grillages. Police répressive. Vous fumez avec du carton ? Vous ne savez pas que c'est interdit ? Pourquoi on me pose cette question ? Et la pauvre hystérique hurle encore à torts et à travers, elle restera là pour non respect des consignes. Les gosses aussi. On ne sait jamais qu'ils soient dangereux eux aussi.

Allons-y pour la garde sous autorité d'hystérique. C'est mieux que la meute de clebs qui est partout. Maisons, rues, centre de "collectivités" - au vu de tout ce qui s'y passe comment appeler ça centre pour enfants ? Les mômes attendent de grandir pendant que leur parent, à deux doigts de ne pas s'en sortir, cherchent un plan. Il faut repartir. Faudra qu'on m'explique pourquoi l'hystérique se retrouve à justifier par des détails alambiqués d'où elle vient. Mais elle ne parle pas d'elle, elle parle de quelqu'un qui n'existe pas.
On sort un téléphone, ça suffit pour qu'un chien rapplique. Suivi par tant d'autres qui mordent sans que le maître n'y voit d'inconvénients. La police n'a rien à en dire. Si ce n'est avez-vous le droit d'être ici. C'est pas la question là, non ? On s'en fout peut-être, l'essentiel se serait peut-être d'intervenir. Des hommes et des chiens repassent et trinquent au privilège de pouvoir répandre la merde sous l'oeil satisfait de la flicaille. On se démerdera pour se frayer un chemin entre les hommes, les barricades et les chiens.

On finira par le trouver pour de nouveau être entassés sous l'oeil de ceux de l'autre côté de la cour, juste au dessus, la vue  offerte sur le salon est tristement affligeante. Dans du rose insupportable pour l'oeil cerné, la grosse madame joue avec un enfant et nous salue grossièrement en secouant bien haut ses fanons de bras bien gras dans un sourire assassin. La gosse, la notre, elle, elle a fini par se réveiller par la force des cris de l'hystérique nounou. Maman. Où est elle ? La gosse est planquée entre les lits, parce qu'elle pige que dalle. Une autre gosse bondit sur le lit, dans un grand geste d'amour me balance du Maman, ce qui ne m'étonne même pas, cela ne me fait pas poser la question essentielle de savoir où est sa mère. L'hystérique continue à gueuler, elle appelle la gosse dans un sourire édenté. Laisse tomber va, sa mère c'est moi maintenant. Les deux jubilent, y en a deux pour le prix d'une, une qui calme son début d'hystérie et sa peur panique, l'autre jubile parce qu'elle n'est plus perdue. Son innocence ou son manque d'intelligence naturelle l'ont protégé.

C'est reparti pour un tour de ceci n'est pas conforme. Quoi ? Mon trousseau de clé ? Vous plaisantez ? Le pire c'est qu'ils ne plaisantent pas non. Tout le monde est rentré. ça s'entasse dans des petits coins, entre les lits et leurs barreaux. Entre les gosses qui se terrent sous leur mère. Les pères s'entraînent à coup de bâton parce qu'on a rien trouvé d'autre. Et comme cela aussi ce n'est pas réglementaire, on assiste aux triomphe sans gloire d'une poignée de femmes toutes griffes dehors.

Le bus ne repartira pas. Les enfants ne grandiront peut-être pas. La mère est toujours hystérique. Le souvenir de celle qui a l'hystérie magnifique relie un peu, un petit peu, un tout petit peu encore le corps à l'esprit, pour ne pas tomber de son perchoir en plein délire et finir comme brailleuse édentée officielle de tout ces magnifiques perdants. Il y a de la sueur, des odeurs, des relents de gaz dans les gosiers. Si l'enfer ressemble à cela, il ne faut pas s'étonner de nous voir fermer les yeux pensant y échapper.