De la présence de Sarah Kane dans "le crime du 21ème siècle"

De la présence de Sarah Kane dans « le crime du 21ème siècle. »

Edward Bond a dédié sa pièce, « le crime du 21ème siècle » à Sarah Kane, suicidée la même année que la création de celle-ci, en 1999. Doit-on y pressentir que l’ombre de Sarah Kane y pèsera lourd ? Quelques éléments du récit nous poussent à penser que l’ombre et même l’écriture de Kane sont présentes et bien vivantes à l’intérieur de la pièce écrite par Bond. Bond défendait Kane, Kane admirait Bond, Kane s’est suicidée, Bond lui a dédié la pièce la plus étrange de son répertoire.

D’abord, il y a la dédicace : pour Sarah Kane. Ensuite un prénom : Grace, qui est celui de la femme-rêve-objet, parce que prostituée derrière une vitrine,  qui fait fantasmer le docteur Tinker dans la pièce « purifiés. » Ici, elle est d’abord la petite fille perdue d’une mère qui la croyait morte et ensuite elle devient femme-rêve-objet pour Sweden, personnage devenu aveugle et en cavale.

La structure langagière est propre à l’univers de Kane, que cela soit dans « manque » ou « 4 : 48 psychose », le langage est décousu, les phrases des personnages s’entremêlent, se complètent, se finissent et se contredisent au point que l’on pourrait effacer le nom des personnages sans que cela ne porte préjudice à la compréhension de l’œuvre. 

Dans la pièce de Bond, le langage est déstructuré, la parole est perdue, les règles syntaxiques n’existent plus. Inconsciemment (ou consciemment ?) tout tend à rendre hommage à Sarah Kane.

Extrait de l’œuvre de Bond, page 56, édition de L’Arche, collection « scène ouverte » :

Sweden : Dis-moi ! Me suis toujours débrouillé – arrangé – faut bien ! Maintenant toi fais-le ! Aide-moi ! Je veux vivre – pas mourir ici comme un animal – un chien sans yeux ! Aide-moi à être humain ! Tout ce que j’ai demandé c’est de l’aide ! Tu aurais pu me guider ! Si je lâche je pourrais plus jamais t’attraper – m’accrocher à –

Hoxton : moi – moi – moi – moi –

Sweden : Menteuse ! Elle doit faire mieux !

Hoxton : je viendrai –

Sweden : Pas ça ! Quelque chose d’autre ! Je l’ai déjà demandé ! T’es pas venue ! Jamais jamais t’es venue ! Je sais pas quoi faire ! Si je la tue comment je vivrai ? Qu’est-ce qui m’arrivera ?

Hoxton : moi- moi – moi

Toute  la problématique de Kane  se retrouve ici : les êtres humains, perdus et perdants, ne cherchent qu’un peu de réconfort dans le rapport à l’autre, qui que fut cet autre, il est  point d’attache et  exutoire à la fois.  Sans cet autre rêvé, la mort est la seule issue, qu’elle soit acter ou qu’elle s’en tienne à être une mort intérieure. Dans ce même passage, la sexualité devient brutale « donnez-moi ses seins ! Où sont ses seins ! Trouve pas ses  - »ici  encore plane l’ombre de Kane, dans cette réflexion sur le corps, suspendu, arrimé aux autres ou seulement  à des bouts des autres (ici, voir le cannibalisme et les abus sexuels dans les pièces de Kane.)

                Nous encourageons le lecteur à consulter et l’œuvre de Bond et l’œuvre de Kane afin de s’en faire sa propre opinion. Bonne lecture.

Extrait de l'oeuvre de Kane, "manque", page 49, L'Arche, collection "scène ouverte" :


A : La culpabilité rôde comme l'odeur de la mort et rien ne peut me délivrer de ce nuage de sang.


C : Tu as tué ma mère.


A : Elle était déjà morte.


M : Si tu veux que je te maltraite je te maltraiterai.


A : Elle est morte.


B : Les gens meurent.


M : ça arrive.


C : Toute ma vie se passe à attendre la personne qui actuellement m'obsède et les semaines se consument jusqu'aux quinze minutes de notre prochain rendez-vous.




Au 92 ème actes, je commencerai à parler



Rien de plus que des actes manqués et de vaines paroles. Est-ce que je vais me taire pour autant ? Rien n’est moins sûr.  Combien encore d'actes manqués. J’essaye de grandir, de comprendre, j’étais énervée vous savez. Et puis je me suis calmée, j’ai voulu acter et je le veux encore. Je n’y suis pas parvenu. J’ai continué à baiser, moins, à boire, beaucoup, fumer, toujours, espérer, encore. Je n'ai pas encore agi et je le voudrai pourtant. 

To do list.

Passer et oser toucher ta main. Passer et, distraitement, caresser tes doigts. Profiter d’un escalier ou d’un couloir. C'est ma seule envie. Je mentirai en disant le contraire. C’est pour cela que je ne t’écris pas, parce que j’essayerai de te faire croire le contraire. Ou plutôt je t’écris mais ne te le montre pas. Plus. Et puis je me suis endormie un soir en pensant que tu voulais des actes, pas des paroles. Alors j’ai repensé à  caresser ta main  profitant d’un malentendu, j’ai pensé à en avoir le courage, j’ai pensé à ne plus avoir peur de rien, peut-être aussi parce qu’autour de nous à part quelques-uns nous étions entourées d’un tas de blaireaux. Alors j’avais moins peur qu’ils voient mon amour pour toi, je m’en foutais même, je commençais à avoir envie de le dire au monde entier. Les gens m’ont fatiguée,  pas toi. Et puis finalement, une énième fois, je n'ai rien fait de cette envie. Le post-it auquel s'ajoute chaque envie qui prend fin n'est plus assez spacieux pour toutes les recueillir. 

Avec des rides aux coins des yeux



Un jour je nous ai regardé différemment. Il y avait de la neige, tout autour, sur les toits. Je me suis souvenue que tu partais souvent trouver refuge, tuer ta solitude, quelque part au milieu des montagnes. J’ai vu ta tête contre mon épaule, senti tes seins contre les miens et nos mains se caresser encore, à moitié endormies. Nous ne savons pas nous arrêter. Au grand dam de ton père, qui n'a de cesse de me raccrocher à la gueule en me disant qu'il ne veut pas de guine chez lui. Et j'ai repensé à ton ventre, que tu m'interdis de toucher et de regarder. Je connais pourtant par cœur toutes ces cicatrices. Celles que ce même père t'a légué à coups de ceinture. Je voudrais caresser ses blessures là, que tu les acceptes comme une part de toi-même. Qu'elles te rappellent que toi aussi tu as le droit de vivre. Même sous les coups. Mêmes sous une pluie d'insultes. Il faudrait que ton visage cesse de s’émacier à grand renfort de drogues. Il faudrait que tu arrêtes de vomir sur les murs défoncée à la morphine. Il faudrait que j'arrête de te quitter pour la cinquantième fois entre le dessert et le café. Il faudrait que tu ne trouves pas refuge dans les bras de cet homme qui te bat lui aussi. Je sais que je partirai encore, je partirai toujours parce que je ne sais pas frapper. Je ne veux pas te faire de mal. Ou alors pas celui-là. Elo. Dis, pourquoi tu ne grandis pas... Pourquoi joues-tu encore à mourir ? C'est un jeu idiot, tu sais. Regarde, cela ne m'a jamais réussi. Je suis encore en vie. 

Lointain silence

Pourquoi es-tu revenue ? C'est la tristesse qui est restée.


Ainsi parla Yorgos Vengakis à sa mère lorsqu'avec elle il a débarqué à Smyrne, la ville qui l'avait oubliée.


Hedda



Hedda a toujours aimé le conflit. Elle-même dit à qui veut l'entendre, je n'aime pas la guerre, mais je n'ai pas peur du conflit. 

Hedda a souvent les amants que j'aurais voulu avoir. Parfois, elle les partage avec moi. Alors je goutte à la même sève qu'elle et me dis que l'on peut définitivement faire n'importe quoi, mais pas avec n'importe qui. C'est la seule règle à respecter dans le grand jeu qu'est la vie. Parce que non, la vie n'est pas un supermarché. On ne claque pas la porte à la gueule des autres comme on change de string. Non. Même dans la plus grande décadence, il y a des règles, un cadre, une limite que l'on peut franchir, certes, mais seulement avec ceux qui ont les mêmes règles, les mêmes vices que nous et qui les assument. Sans cela, nous sommes condamnés à nous bouder et à nous oublier. L'avantage avec Hedda, c'est que l'on peut faire n'importe quoi, on ne s'en voudra pas.

Hedda part au combat, mais jamais sans raison. Si l'on y regarde bien, ceux qu'elle a combattu et vaincu sont ceux qui n'avaient d'autres règles que d'emprisonner l'autre. Mais nul ne peut exister sans faire siens les principes de l'autre. On ne peut enchaîner personne, à part soi-même, à ceux qui nous auront choisi. 

C'est pour cela qu'Hedda a choisi de me prêter ses chaines. Une façon de combattre pour elle. Me refiler à baiser l'homme qui avait été jusqu'à la violer avait été une façon de s'en libérer. On peut tout faire avec Hedda. On peut tout vivre. D'elle, je crois que je peux tout accepter. Y compris d'être la résolution de ses conflits.

Marie

Marie m'a toujours fait rire, avec ses sapes trouvées on ne sait où et son Mickey poignardé en plein slip. Marie a toujours eu un don, celui de braver le danger, de se mettre dans la pire merde, avec le sourire, toujours. Et de s'en sortir. Les pirouettes de Marie valent leur pesants de cacahuètes. Oh bien sur, Marie finira dans une grande maison, bien loin de ses tribulations de jeune femme incandescente. Mais c'est ce qui ira le mieux à Marie. Certains diront, elle fait semblant. Moi non. J'aime bien Marie. J'aime bien Marie quand elle défie la vie, quand elle se fout de la destination, quand elle tombe amoureuse et qu'elle devient, toujours un peu plus, elle. Sans jamais renier ce qu'elle fut la veille. C'est assez rare pour être noté. Ceux qui ne changent pas quand le bonheur leur tombe au coin de la gueule. Marie fait partie de ces gens là. Fidèles à eux-mêmes et aux autres. C'est assez rare pour être noté, dit et redit. Et Marie, moi, elle me fera toujours rire. 

L'Enfer est-il sur terre ?


Une nuit j'ai été dans une enclave, close, fermée par des murs. Si l'enfer est sur terre, il ressemble peut-être à ça  Je remercie mon inconscient de n'y avoir rien mis de sanglant. D'avoir été subtil. Mais cruel. Peut-être bien que tout ceci était vrai, dans une certaine mesure. Ou peut-être que ce qui est vrai est encore pire.

Au commencement, une pseudo fête avec plein de gosses, déconnectés de la réalité et salement atrophiés par des trucs qui vous crament jusqu'à l'os et font qu'on évacue le pâté de maisons.

Les voisins se révèlent. On comprend qu'au moment où on s'en serait bien passé, il y aura toujours des gens pour vous passer devant sans y prêter attention. Vous écraser au passage. Récupérer ce qui peut l'être.

Top départ. De pauvres âmes entassées dans un bus qui part on ne sait trop où. Et je me retrouve en plein délire coincée entre une mère hystérique qui pleure on ne sait trop quoi - il n'est pas certain qu'elle-même soit au courant - et les images subliminales d'une télé réalité où le non héros de ce flot incessants d'instantanés sans logique aucune se retrouve à draguer une autre hystérique. S'endormir sur un lit d'enfant, que l'enfant nous laisse bravement et sa mère qui sert le café au réveil sans vouloir entendre de désolée. Vous en aviez besoin. Nous aussi.

Il y a des corps suspendus qui se regardent sans parler, mais qui attendent la même chose, le dénouement. Et on en a même pas le temps de se dire au revoir. Que l'on se retrouve déjà sur les routes, encore. Parce que la réunion l'a dit, il faut partir. Même sans se blairer, il faut partir. Il n'y a plus d'ego, que des corps perdus dans la même danse macabre. Les paysages défilent, communs, effrayant de cruauté, c'est à côté de chez moi ici. Qu'est ce qui se passe ici. Ici.

Baraquements, produits estampillé certifiés d'origines importés. Bien rangés. Le bus hurle de rire, autant qu'à l'infamie. Fils barbelés, petits carrés d'espace encerclés de grillages. Police répressive. Vous fumez avec du carton ? Vous ne savez pas que c'est interdit ? Pourquoi on me pose cette question ? Et la pauvre hystérique hurle encore à torts et à travers, elle restera là pour non respect des consignes. Les gosses aussi. On ne sait jamais qu'ils soient dangereux eux aussi.

Allons-y pour la garde sous autorité d'hystérique. C'est mieux que la meute de clebs qui est partout. Maisons, rues, centre de "collectivités" - au vu de tout ce qui s'y passe comment appeler ça centre pour enfants ? Les mômes attendent de grandir pendant que leur parent, à deux doigts de ne pas s'en sortir, cherchent un plan. Il faut repartir. Faudra qu'on m'explique pourquoi l'hystérique se retrouve à justifier par des détails alambiqués d'où elle vient. Mais elle ne parle pas d'elle, elle parle de quelqu'un qui n'existe pas.
On sort un téléphone, ça suffit pour qu'un chien rapplique. Suivi par tant d'autres qui mordent sans que le maître n'y voit d'inconvénients. La police n'a rien à en dire. Si ce n'est avez-vous le droit d'être ici. C'est pas la question là, non ? On s'en fout peut-être, l'essentiel se serait peut-être d'intervenir. Des hommes et des chiens repassent et trinquent au privilège de pouvoir répandre la merde sous l'oeil satisfait de la flicaille. On se démerdera pour se frayer un chemin entre les hommes, les barricades et les chiens.

On finira par le trouver pour de nouveau être entassés sous l'oeil de ceux de l'autre côté de la cour, juste au dessus, la vue  offerte sur le salon est tristement affligeante. Dans du rose insupportable pour l'oeil cerné, la grosse madame joue avec un enfant et nous salue grossièrement en secouant bien haut ses fanons de bras bien gras dans un sourire assassin. La gosse, la notre, elle, elle a fini par se réveiller par la force des cris de l'hystérique nounou. Maman. Où est elle ? La gosse est planquée entre les lits, parce qu'elle pige que dalle. Une autre gosse bondit sur le lit, dans un grand geste d'amour me balance du Maman, ce qui ne m'étonne même pas, cela ne me fait pas poser la question essentielle de savoir où est sa mère. L'hystérique continue à gueuler, elle appelle la gosse dans un sourire édenté. Laisse tomber va, sa mère c'est moi maintenant. Les deux jubilent, y en a deux pour le prix d'une, une qui calme son début d'hystérie et sa peur panique, l'autre jubile parce qu'elle n'est plus perdue. Son innocence ou son manque d'intelligence naturelle l'ont protégé.

C'est reparti pour un tour de ceci n'est pas conforme. Quoi ? Mon trousseau de clé ? Vous plaisantez ? Le pire c'est qu'ils ne plaisantent pas non. Tout le monde est rentré. ça s'entasse dans des petits coins, entre les lits et leurs barreaux. Entre les gosses qui se terrent sous leur mère. Les pères s'entraînent à coup de bâton parce qu'on a rien trouvé d'autre. Et comme cela aussi ce n'est pas réglementaire, on assiste aux triomphe sans gloire d'une poignée de femmes toutes griffes dehors.

Le bus ne repartira pas. Les enfants ne grandiront peut-être pas. La mère est toujours hystérique. Le souvenir de celle qui a l'hystérie magnifique relie un peu, un petit peu, un tout petit peu encore le corps à l'esprit, pour ne pas tomber de son perchoir en plein délire et finir comme brailleuse édentée officielle de tout ces magnifiques perdants. Il y a de la sueur, des odeurs, des relents de gaz dans les gosiers. Si l'enfer ressemble à cela, il ne faut pas s'étonner de nous voir fermer les yeux pensant y échapper.

Il y a longtemps




Cathy ? Elle entre, en me poussant un peu, elle referme la porte. Je ne l'ai pas vu depuis... ça fait longtemps. Elle rit, je suis étourdie, c'est l'effet que cela me fait. Elle rit encore. Elle sait, lorsque je suis gênée, je cligne des yeux. Respiration. Elle regarde vers le canapé, je prendrai le fauteuil, elle s'assoit. Elle dit, qu'on peut parler simplement. Elle me fixe, je cligne des yeux, mais je la fixe. Un instant j'abaisse mon regard, elle en profite, elle se lève. Je respire fort, elle est devant moi, j'ai son bas ventre en face de la figure. J'avale ma salive, elle relève un peu son maillot, approche son ventre de ma bouche. Son ventre est doux et duveteux. J'hésite, je ne cligne plus des yeux, ils sont fermés. Reste d'angoisse. Je ravale ma salive, elle caresse mes cheveux, me relève la tête d'un mouvement de la main, sous le menton. Je la vois, d'instinct, mes mains font le tour de ses jambes. Nous voilà au fond du fauteuil, jambes serrées par les siennes, son ventre à portée de lèvres, à portée de mains, ses chaussures, je les enlève. Ce sera utile. Elle se penche, me pousse contre le dossier. Je m'arrête, je la regarde. Il y a j'ai envie de toi dans mes yeux, d'autres choses aussi, plus floues. Son front touche maintenant le mien. Mes yeux se ferment, maintenant son nez et puis sa bouche. Je me réveille.      

Quick Time

C'est bon là ? Quoi ? On s'est trouvé, n'est-ce pas ? C'est bon hein ? On pourrait dire cela, c'est bon, hein, cela ne sentirait pas la conviction. Il s'en fout. Tu l'as eu mon trou, je te l'ai donné. A baiser sauvagement. Et j'avoue, j'ai joui. Un petit instant, entre deux, c'est bon hein, j'ai joui. Tu m'a bien baisée et tu le sais. C'est ce que tu voulais, certainement je le voulais aussi. Il dort, je voudrais être dehors, loin et je m'endors. Demain, il n'y aura personne.

C'est pour cela Maman.


Les insomnies sont revenues. Il n'y a de nouveau que l'alcool qui puisse me faire dormir. C'est triste, tout de même.

J'avais guéri loin d'ici. Dans une enclave sur terre, encerclée par des navires de guerre, survolée par des drônes, entre la mer et des frontières imaginaires. J'avais guéri. Et puis tout est revenu. Tout est revenu me faire du mal. L'absence, physique, l'absence, de sens. Le trop plein de souvenirs.

Les enfants aussi portent parfois des couteaux. Des coups. Ils se refilent leur blessure les uns les autres quand ils ne les comprennent pas. Nous étions dans un lit. Enfants. Je lui caressais la joue, comme une autre enfant m'avait caressé la joue parce qu'un adulte avait caressé la sienne. Je lui disais de ne pas pleurer. Comme à l'autre je disais qu'il fallait parler. On ne peut pas terrer dans le silence de telles choses. Ou alors un jour on explose. La résilience ne fait pas tout. Malheureusement. Et puis on a rien dit. Alors on s'est refilé la patate chaude. On n'a jamais pris le temps de comprendre. Personne n'a posé de questions. Alors on a enterré cela.

Un jour, je faisais le ménage chez des particuliers et je suis tombée sur un ours en peluche. Il m'a rappelé un autre ours en peluche, il fallait que je fasse confiance à ces "particuliers" pour que le souvenir puisse remonter à la surface. Sans cela, je n'aurai pas osé ouvrir la boite secrète de mes souvenirs enfouis... Celle chez qui je nettoyais les chiottes, je l'aimais. Parce qu'elle ne pouvait pas me faire de mal. Elle ne m'aimait pas. Elle ne pouvait pas m'atteindre. Il fallait cela pour que tout le reste soit possible.

J'ai fui mon enfance parce que des adultes interdisaient à des enfants comme moi de vivre la leur. Alors j'ai pris le parti de devenir grande avant l'heure. Avant de comprendre. Dans le silence j'ai pris des années sans le vouloir vraiment. Mais avais-je le choix ? On ne pouvait pas parler alors il fallait grandir et faire comme les grands : fermer les yeux.

Un jour, j'ai voulu le dire à Maman. Elle a pleuré. Elle a aussi dit qu'elle savait. Un peu. Alors j'avais plus rien dit parce qu'elle s'était mise à pleurer et que je ne voulais pas qu'elle pleure. Je la faisais assez pleurer comme ça. Je ne voulais pas rajouter une certaine forme de culpabilité. Mais peut-être qu'ils savaient tous. Auquel cas, aucun d'entre eux ne s'est soucié de ce que cela nous faisait, réellement. Les adultes, je les hais depuis ce jour. Depuis le jour où j'ai compris qu'ils étaient aussi lâches que les enfants sont innocents.

Je voudrais fermer les yeux. Dormir. Vraiment. Faut-il toujours que j'aille trifouiller le cul de la pire misère humaine qui soit pour oublier la mienne ? Nous sommes handicapés des sentiments, handicapés de l'insertion, handicapés adultes car atrophiés enfants. Un jour, il paraît qu'on guéri. Mais quand ? Moi je voudrais juste fermer les yeux et dormir vraiment. Sans drogues, sans alcool, sans avoir à attendre les premiers rayons du soleil. Je voudrais dormir pendant l'obscurité au lieu d'y trouver un refuge. Je veux dormir. Je veux guérir. Je voudrais oublier. Les enfants, les ours en peluches, les couteaux cachés derrière, le viol, la misère, la guerre. Je veux tout oublier. Je veux grandir, vraiment. Un jour, enfin. Je voudrais que ce jour prenne fin. Je veux dormir en paix. Faire la paix avec moi. Je n'y suis pour rien. C'est ce qu'il paraît.

Les films de grands, je les ai tous vu petite ! Je veux que le film recommence, que cela soit innocent, que cela soit pur. Je veux un film sans souffrance. Sans adulte. Je veux une morale à la fin. Je veux un sens.

Je ne peux pas avoir confiance en vous. 

Je suis petite. J'aurais toujours six ans finalement. Et les rêves qui vont avec. Mais un jour je guérirai. Simplement je ne sais pas quand. Alors j'éclabousse tout de mes colères et des mes envies d'enfant.

J'aurais du tout dire à Maman. 

Ils ont demandé si j'étais "elle"


A vrai dire, j'ai grandi d'un côté et Cathy d'un autre,  donc entre ce que tu lis, cher lecteur, ce qui est ici, ce que dit Cathy, ce que moi, auteur, j'en dis, il y a une différence. Cathy n'existe pas. Ou seulement dans ma tête. Et a t'elle vraiment existé un jour ? Pourtant elle parle. Je ne suis pas Cathy, même si elle a certains de mes traits et que certaines de ses histoires sont les miennes. Mais Cathy dit des choses qui me dépassent, qui ne la dépassent pas elle, elle elle s'en fout, moi pas. J'ai grandi, Cathy est partie mais elle est toujours là. Comme un personnage en quête d'auteur (1) et moi j'ai besoin d'écrire. Alors Cathy pense, vit, dit et moi j'écris. Cathy a une famille qui n'est pas la mienne, des amis qui ne sont pas les miens. Tout ce petit monde existe peut-être, même ses cauchemars incessants, une autre réalité, n'importe quoi peut exister en dehors d'elle, mais elle, dans un récit elle n'est que ce qu'on en écrit. Si Cathy devait garder une seule phrase d'elle-même, ce serait celle-là : écris et crie. Ce qui fut dit par un très grand philosophe, il y a très longtemps. 

Tout personnage existe indépendamment de son auteur. Quand bien même il n'en serait qu'un avatar. Nous ne sommes pas nos personnages. Nous sommes acteurs de nos vies, ce qui est déjà pas mal. "Eux" sont des extensions. Des doubles ? Des défouloirs ? Même pas. Ils existent au-delà de toute réalité. Ils disent "une" réalité. Croire que celle-ci se confond forcément avec son auteur est une illusion. L'auto-fiction a elle aussi ses limites. Du moment qu'elle dit quelque chose qui va au-delà de l'auteur et son ou ses personnages, alors on dépasse le cadre auto-fictionnel et à ce moment là, on raconte bel et bien quelque chose. En dehors de nous-mêmes.

Exemple, Cathy emmerde le monde entier. Moi pas. Et à dire vrai, je ne l'envie pas.

(1) Voir la pièce de Luigi Pirandello "six personnages en quête d'auteur."

J'ai parlé à une vieille.



Qui êtes-vous ? Je m'appelle Soultana Vengakis. Je viens d'une ville oubliée, Smyrne. En Anatolie. Mais c'était il y a longtemps. Avant, j'étais turque. Mais ça, c'était avant que je n'épouse un grec. J'ai du devenir grecque, alors même que je ne l'étais pas. La ville a brûlé il a fallu partir, pour ne pas périr nous aussi. Mais dans les bateaux, on ne nous laissait pas toujours monter. On nous jetait de l'huile bouillante. Quelques navires français ont dérogé à la règle, ils nous ont laissé monter.Je suis devenue grecque. Mon mari est devenu fou. Il est parti, je suis restée. Dans ce pays qui n'est pas le mien.  Lui est parti ailleurs. Nous ne nous sommes pas revus. Tout ce dont je me souviens, c'est qu'il était grec, que j'étais turque, que nous vivions en paix. Et puis la guerre a éclaté.

Dicton

Génération boisson : tous dans la même bouteille.

Un très grand philosophe, il y a très longtemps, vraiment très très longtemps.

Wake up and sleep

         Ce que je disais avant était beaucoup plus intelligent. Plus violent aussi. Plus en colère. Je hais toujours les psys et les psychotropes. Psycho trop de trucs. Medico-trop-de-choses. Ils veulent tous soigner trop de trucs. Pour ensuite se plaindre que les caisses de retraites sont vides. Arrêtez l’expérimentation et laissez-nous crever en paix. C’est là une des choses intelligentes que je pense avoir écrit auparavant. Lutter pour mourir. A quoi ça sert ? Si déjà vivre est difficile. Vivre vraiment. Pas seulement consommer ce qu’on nous propose ou impose en critiquant quand même un peu. Garder un brin de réaction mais seulement dire, ne jamais faire. A quoi ça sert ? Vous reprendrez bien un peu de dessert ?

Lettre au Père Noël.



Je veux être ton amour. Le dernier de tes phantasmes. L’endroit où je n'ai plus de chaines. Je ne veux plus souffrir ou seulement si c’est toi, sous tes doigts, je veux bien, encore, avoir mal, un peu. Si toujours tu reviens, si toujours tu pardonnes. Si tu ne m’en veux pas quand je pense que tu es un crétin. Que tu es sale. Paumé. Je veux bien de ton amour s’il ne m’éclabousse pas. S’il ne m’attache pas. Si on ne fait pas semblant. On est grand, n’est-ce pas ? Alors ne me mens pas comme un enfant. Si tu pars, va-t’en. J’ai arrêté de retenir les gens. Je n’en ai plus le temps. Je veux bien être la plus grande salope que tu côtoies, si je suis aussi la dernière.

Je ne te demande pas d’être romantique. Je ne l’ai jamais été. Je veux pas de promesses, je ne veux pas de projets. Je ne veux pas de rêves à deux. Je veux juste me réveiller un matin d’hiver, avant que le soleil ne se lève, contempler la neige sur les toits, penser que j’ai encore envie de toi, te regarder, ne rien dire, ne rien faire, remonter mes couvertures, me blottir contre toi. Remuer mon sexe encore humide contre les draps, regarder la neige, encore, attendre que tu ouvres les yeux. Me rendormir. Etre réveillée par la trique que tes rêves auraient provoquée. Tu vois, je ne te demande pas d’être romantique. Je ne le serai jamais.

Je ne veux pas de tes rêves. Je ne veux pas que tu m’aimes parce que tu me haïrais à la fin. Je pars toujours. Je ne veux pas de ton amour. Je n’en ai plus à donner. Je m’appelle Cathy, je suis une catin. Tu vois, je ne suis pas quelqu’un de bien.

Mais je veux bien essayer. Faire semblant d’être civilisée. Et si un jour je t’aime, ne le dis à personne.

Confession






Là, tu t’étais rendu compte qu’elle te regardait encore. Qu’elle te guettait toujours du coin de l’œil. Comme toi tu le faisais. Tu te souviens que tu me l’avais dit toute gênée ? Rouge de honte. Et ce rouge et cette honte ne te ressemblait pas. Tu me feras toujours marrer toi. Après, elle t’a proposé de la suivre, elle voulait te parler d’un truc, c’est ce qu’elle disait. En réalité, tout ce qu’elle voulait, c’est que tu marches devant elle et qu’elle, elle passe et repasse ses mains dans ton dos. C’est tout ce qu’elle voulait. Et que tu rougisses encore. Elle te cherchait. C’est tout. Tu m’as raconté ça à moitié ivre. Et à moitié nue aussi parce qu’on était à moitié ivre, mais pour une fois, tu avais été honnête. Tu m’as dit son prénom, tu m’as dit depuis combien de temps ce jeu là durait. Tu m’as parlé d’une porte derrière laquelle elle était. Tu m’as dit ce qu’elle était, je t’ai dit de laissé tomber, tu m’as dit que s’était mort d’avance, que ce deuil là ne serait pas possible et qu’encore tu entendrais ses pas derrière cette porte et qu’à chacun de ces moments-là tu aurais toujours la même envie, poser une main sur son bras et lui dire, et si on arrêtait, à défaut de faire l’amour, ouvrons plus souvent cette porte et arrêtons de nous planquer derrière nos égo mal fichus. Je t’aime bien quand même, même sans ces je t’aime à la va-vite trop employés, même sans réciproque. Même si encore une fois, à ce moment là, je me rendrais compte qu'elle te regardait encore






Je sais que ce jour là, elle n’avait pas mis de talon. Je le sais parce que tu me l’as raconté. Elle t’a surprise. Tu es entrée. Je t’y vois bien, je suis pliée de rire à l’idée de te voir te liquéfier. Ou peut-être que ce jour là, tu as enfin eu confiance en toi. Dans les bras de cette femme là. Attachée et délivrée. Aimée, meurtrie, caressée et blessée. Mais aimée. Aimée d’un corps à corps sans corde au cou. N’importe lequel, ou pas, c’est ce que tu disais. Celui-là de corps, je sais qu’il peut me libérer. Trop d’amour à donner. C’était notre devise. Nous avions bien trop d’amour à tuer pour éteindre les braises de notre existence. Après elle, tu es devenue sérieuse. On n’a rien compris. Je sais que tu la désirais. Je le sais ça. Le reste, ce qui passait par ta tête et l’envie incessante que tu en avais, cela n’appartient qu’à toi. Même pas à elle. Et ce n’est pas moi qui décrirais ce que cette femme t’a fait. Mais je sais ce que tu es devenue après. La hache de guerre enfin enterrée. L’alcool que tu t’étais remise à boire juste quand tu tombais raide de celle d’avant. Ou de celle dans le même temps. Laquelle des deux annulait l’autre ? Tu as laissé prendre la place. Installée confortablement dans ta tête, des courbes, des poses et traits d’esprits. Après, ouais, après, on n’a pas compris. Le calme. L’envie d’arrêter les conneries. Arrêter de boire pour la dixième fois. Et ce énième regard en coin.

Veuillez décliner votre identité



Je m’appelle Cathy. Ou Kat, pour Katerina. Mais tout le monde m’appelle Cathy. Il n’y a qu’Iqbal pour m’appeler Katerina les soirs de trop plein de tout. Ou pour moraliser un peu, tenter de me ramener sur terre. Mais moi ce qui se passe sur terre, je m’en fous un peu. Ou je compose avec. J’ai toujours le temps pour aller scruter du coin de l’œil le pire de la misère humaine. Sonder les âmes ne m’ennuie guère non plus, même si au fond je suis une solitaire et que très certainement, je m’en fous un peu aussi. Je fais très bien semblant d’être sociable alors que je rêve de vivre recluse dans les montagnes grecques ou plus modestement sur les flancs du Vercors. Sans en avoir rien à cirer de tout. Cela fait longtemps que je me perds dans ma vie sans trop savoir quoi en faire. Cela fait longtemps que je fais le bilan puisque je dois en être à ma dixième vie, vie qui recommence à chaque fois que je me dis, ça y est, là tu as grandi et tu dois arrêter de te comporter comme une catin. Sauf qu’à chaque fois j’oublie. Cela peut prendre deux jours comme deux ans. Je suis cyclique. Tout cela pour dire que je m’appelle Cathy. Kat, pour ceux qui m’aiment vraiment bien. Que les autres me sifflent. Cela ne me dérange pas plus que le reste.

Comme un samedi sur Canal



En tout cas seul le programme télé aura laissé cette soirée mémorable. Le reste n'est qu'une accumulation de frustrations à la va vite évacuées. Tu sais, des fois je pense à tes fesses. Je devrais pas écrire ça, n'est-ce pas. Je les verrai bien danser. Je n’oserai peut-être même pas regarder. Je n’ai de cran que pour t'observer. Rires. On a toujours eu l'air un peu con. Non ? Je me mords un peu les lèvres là, parce que je pense à d'autres trucs aussi. Si j'avais ta tête sur mon épaule, l'odeur de tes cheveux et la chaleur que tu dégages à chaque fois que tu es à côté de moi. Et remettre de la froideur, de la distance. Tout en ne voulant qu’une chose, t’avoir plus près de moi. Tu comprends pourquoi cette lettre, je ne te la donne pas ? J'oserai pas. Pour en faire quoi sinon rien. Mais,  peut-être que rien, avec toi, ça irait déjà très bien. C'est sûr, j'aurais jamais dû l'ouvrir. Je sais, ce jour-là, y avait un trop plein et j'avais peur que tout déborde. Alors, hop, zou, j'ai tout jeté. C'est con. Très con. Des fois, et ça aussi c'est con, je sens, ou je voudrais sentir, tes mains. Sur mon ventre, juste là ça m'irait. Tes lèvres, ta langue aussi, sur mon ventre. Les miennes de lèvres, sur ton ventre à toi. Rien que ça. Ça m'irait. Pas pour prétendre t'avoir eu, pas pour prétendre t’avoir aimé plus qu’un autre, pas pour t'attacher non plus. Juste, guérir peut-être. Mal. Mais pas avec toi. Je regarde des films, y en a des mieux que d'autres. Des où il ne se passe pas grand-chose mais suffisamment pour être excitant. Tu vois, c'est à ça que je pense parfois quand je te pense à toi. Pas tout le temps, mais parfois. T'es là et moi aussi et ont fait un peu comme les gens dans les films. Mal faits, non. Faut chercher tu sais, mais on trouve et puis j'aimerais t'embrasser, c'est vrai.

Happy Me

Aujourd'hui c'est son anniversaire. Je sens son odeur. Il y a des années que je ne l'ai pas vue et pourtant, là, sur mon soutif, sur ma peau, dans mon pieu, partout dans la maison, il y a son odeur. Elle ne sait pas que je la sens. Comme avant, elle ne savait pas que je la sentais de loin, reconnaissable entre toutes, l'odeur du bois, du chien, l'odeur de la terre, sa peau. Café, clope. L'odeur est toujours là, en dépit de l'odeur amère du café noir et des ronds de fumée. Je m'étends sur le lit, je ne prends pas la peine d'ôter ma culotte, j'y glisse ma main. Sans bouger, j'attends. J'attends que son odeur me fasse l'effet qu'elle m'a toujours fait. L'excitation vient peu à peu, je ne bouge toujours pas. Je ne bougerai pas. Je respire fort, j'inspire tant que je le peux. Sous mes paupières il y a son corps qui se dessine. Lointain, elle marche. Sous ma main, l'humidité commence à se faire sentir, à l'image de cette odeur qui s'est imprégnée sur moi. Je ne bouge pas, elle, elle marche. C'est son anniversaire et c'est elle qui m'offre quelque chose, son odeur. Sous ma main, mon clitoris est à présent gonflé, je ne bougerai pas. Je ne veux pas. Quand je me réveillerai, l'odeur ne sera plus là.

J'ai mangé un grec.



          J'ai vu dans ses yeux, une certaine prétention et je ne l'ai pas aimé, cette pauvre prétention là. Il revenait avec des tas d'histoires, de pauvres gars, du raki, des chansons, toute la crasse des bas-fonds en mémoire. Et puis rien au dedans, rien que de la prétention. Et cette prétention-là, je ne l'ai pas aimé. Mais à mélanger nos deux voix, il a fini dedans. Je me suis inclinée encore une petite fois, ce fut plus fort que moi. On ne guéri pas comme ça de ces vieux vices, peut-être même pas du tout. Une fois dans le trou, faut-il en remonter. Alors on a parlé, j'ai visité en une nuit l'entre cul de toutes les villes où il avait traîné le sien. On a chanté un peu encore pour ne pas se voir sombrer, crades sur mon oreiller. On a préféré chanter, chanter tout excités et puis est venu le moment où il a bien bandé et on a bien chanté et on a bien baisé et on n’avait plus de souffle, plus de force et plus de note et il peut à présent prétendre m'avoir fait jouir et je peux bien prétendre que sa bonne et grosse queue m'a servi pour mon art miséreux, pour cette voix fatiguée qui ne sait que chanter, chanter pour être digne mais qui chante à genou devant des micros glands, des glands qui crachent du foutre en guise de bravo et des cris pour standing ovation quand ses deux mains se jouent de mon corps qui se tord dans un cri, ce oui, j'ai joui. Et puis il est parti, sans prétention aucune. J'avais donc tort c'est tout. Tort d'avoir cru voir en lui ce qui plus haut est dit. Parce qu'après tout, j'avoue, entre deux tour de chants la baise et je l'avoue, j'ai joui.

Ad Vitam Aeterman, je te salue ma mère.



Vous savez, un jour ma mère m’a dit que je devrai écrire un roman. A la volée, je ne sais même pas trop pourquoi elle avait lancé ça. J’ai dit que j’en ferai pas lire une demi page à qui que ce soit de cette famille et que c’était ce que j’étais entrain de faire.  Elle a demandé si je les pourrissais tous. J’ai bafouillé. Répondu non, enfin. Je n’en ai même pas pourri un seul. Pas un. Parce que ce n’est pas le problème. C’est que de faire lire bite, couille, cul,  piave et rock’n’roll à sa mère ou sa fratrie, disons que ce n’est pas très palace. Mais je n’en ai pas pourri un seul. Le problème est ailleurs. Tout est dans les lignes qui suivent  et étalent ma colère, la lutte avec soi et avec les corps des autres. Aussi. Seulement c’est dommage, parce que c’est encourageant. De la part d’une mère. Qui ne s’attend assurément pas du tout à ce qu’elle pourrait y lire. Pire qu’un journal intime, un mix entre la psychanalyse et le grand néant qu'on ne retient plus. Et puis là, en gros, en gras et  surligné, comme un gosse l’aurait écrit : je t’aime Maman. 

Jeu sans danger.



       J’ai envie d’un jeu à plusieurs. Un jeu où il y aurait des bribes de vie, des instants heureux et d’autres bien dégueux. Un truc tarte arrosé du pire cynisme qui soit. Un truc qui soit moi sans que l’on sache qui je suis. Un truc qui m’aide à découper des bouts de papier et qui dirait enfin qui je suis. Et que chacun se démerde pour discerner le vrai du faux.

Juste un jeu. Trouvez qui est qui là-dedans. Un jeu sans règles ni règlement de compte. A mettre en l’ordre. Lecteur... Enlève ce qui ne te va pas. Tu peux aimer la partie que tu veux, cela m’est foutrement égal. Tout ceci n’est qu’un jeu.

Ces lignes là, ce truc à plusieurs, ce sont juste des gens qui vivent. Raconté. Ils sont. Nous nous appartenons, parce que nous nous sommes choisis. La petite trace que nous laisserons de nous-mêmes, entre nous, est ici. Nous avons chié bien plus loin, bien évidemment, chacun de notre côté, mais ce qui est là personne ne l’aurait raconté. 

Reste enfin que je ne fais cela pour me venger. Juste pour jouer un peu. Jouer avec l’époque. Après tout, nous aussi, on peut.