A la bonne heure.



Il est treize heures trente-trois. L’heure est bien choisie. Il y a quinze minutes que Cathy est montée. Tout le monde la voit ce coup-ci. L’espace d’un instant, ils ne verront plus qu’elle. Ils retiennent leur souffle. Elle va sauter. La rumeur gonfle, enfle, le bruit de la rue est un souffle uniforme : elle va sauter. C’est un chœur tragique. Ils ne le savent pas, mais c’est la seule issue. La seule. Elle le savait depuis longtemps. Eux, non. Ils n’ont rien vu venir. Comme il n’avait pas vu le reste. Mais maintenant que tout le monde sait, que toutes les portes lui claquent au nez, il n’y a qu’une seule porte de sortie. Une seule possibilité. Elle regarde droit devant. Elle les entend. Elle n’en peut plus de les entendre. Elle ne supporte plus leur regard. Elle ne supporte plus rien. Alors elle regarde fixement, droit devant. L’horizon. Et la fin. Alors d'abord elle hurle et, enfin, elle saute. Après le bruit, la rumeur, le souffle de la foule, tout s’arrête avec le fracas de son corps qui heurte le sol. Il y a un moment suspendu, et personne ne saura quantifier combien ce moment aura duré. L’incendie a pris fin. Il a tout emporté. Ne laissant rien derrière que des bouts de chair à ramasser en guise de cendres et qu'il faudra les mettre en pot. Pour ne pas oublier, qu’elle, elle ne voulait que vivre. Vivre vraiment. Et mourir par défaut.