La première fois que j’ai posé
mes lèvres sur celles d’Hedda, j’ai regretté. Je ne sais plus pourquoi j’en
avais envie. Je ne sais plus pourquoi je l’ai fait. Je me souviens que je n’avais
pas aimé ça. La deuxième fois que j’ai posé mes lèvres sur celles d’Hedda,
c’est la chaleur dégagée par son cou quand mes lèvres s’y sont posées qui m’a
fait frissonnée. Le reste, je me souviens que je n’ai pas aimé cela. Et puis on
a recommencé. On était relativement complètement bourrée. Peut-être pour cela.
Elle m’a dit qu’elle avait joui. Après six
ans d’abstinence où je ne faisais que rêver, jonglant avec les silences. Nous nous connaissons depuis si longtemps, Hedda et moi, elle, elle aimait la proie, et voulait bien être prise par un apprenti
chasseur. Hedda, c’est être soumise ce qu’elle voulait. Mais savais-je encore
soumettre quelqu’un d’autre que moi ? Moi qui m’étais soumise à tant de
vents contraires, pour finir enfin noyée sous l’écume des autres. Mais pas une.
Plus une depuis longtemps, puisque l’hygiène ne m’intéressait pas. Sauf avec
Hedda. Et je ne sais pas dire le pourquoi.
Je ne voulais pas baiser avec Hedda.
Mais je le faisais certainement pour deux raisons. La première étant qu’au fond,
je ne cherchais qu’un peu d’affection.
Quelques secondes, dans les bras de quelqu’un, peu importe qui, une personne qui ne me ferait pas de mal. Entre amis, on peut tout
se permettre. Un tant soit peu. Hedda était de ces amitiés-là, fidèles et
pratiques. La seconde raison portait un prénom, mais comme ce prénom là n'entendait pas le mien, je me réfugiais dans les désirs d'une autre. Pour essayer de vivre quand même. Ressentir quand
même. Se défouler, un peu aussi.
Ce que je voudrais, c’est refaire
toujours cela avec Hedda. Je ne veux aller nulle part avec elle. Mais je veux
bien goûter encore au confort de ses bras. Me bouffer un mur et m’écorcher
encore le coude. Tomber sous les assauts de ses doigts à l’intérieur de moi. Je
veux bien encore tout cela. Et faire à Hedda ce qu’elle veut que je fasse
d’elle-même.