Ils ont demandé si j'étais "elle"


A vrai dire, j'ai grandi d'un côté et Cathy d'un autre,  donc entre ce que tu lis, cher lecteur, ce qui est ici, ce que dit Cathy, ce que moi, auteur, j'en dis, il y a une différence. Cathy n'existe pas. Ou seulement dans ma tête. Et a t'elle vraiment existé un jour ? Pourtant elle parle. Je ne suis pas Cathy, même si elle a certains de mes traits et que certaines de ses histoires sont les miennes. Mais Cathy dit des choses qui me dépassent, qui ne la dépassent pas elle, elle elle s'en fout, moi pas. J'ai grandi, Cathy est partie mais elle est toujours là. Comme un personnage en quête d'auteur (1) et moi j'ai besoin d'écrire. Alors Cathy pense, vit, dit et moi j'écris. Cathy a une famille qui n'est pas la mienne, des amis qui ne sont pas les miens. Tout ce petit monde existe peut-être, même ses cauchemars incessants, une autre réalité, n'importe quoi peut exister en dehors d'elle, mais elle, dans un récit elle n'est que ce qu'on en écrit. Si Cathy devait garder une seule phrase d'elle-même, ce serait celle-là : écris et crie. Ce qui fut dit par un très grand philosophe, il y a très longtemps. 

Tout personnage existe indépendamment de son auteur. Quand bien même il n'en serait qu'un avatar. Nous ne sommes pas nos personnages. Nous sommes acteurs de nos vies, ce qui est déjà pas mal. "Eux" sont des extensions. Des doubles ? Des défouloirs ? Même pas. Ils existent au-delà de toute réalité. Ils disent "une" réalité. Croire que celle-ci se confond forcément avec son auteur est une illusion. L'auto-fiction a elle aussi ses limites. Du moment qu'elle dit quelque chose qui va au-delà de l'auteur et son ou ses personnages, alors on dépasse le cadre auto-fictionnel et à ce moment là, on raconte bel et bien quelque chose. En dehors de nous-mêmes.

Exemple, Cathy emmerde le monde entier. Moi pas. Et à dire vrai, je ne l'envie pas.

(1) Voir la pièce de Luigi Pirandello "six personnages en quête d'auteur."