De la présence de
Sarah Kane dans « le crime du 21ème
siècle. »
Edward Bond a
dédié sa pièce, « le crime du 21ème
siècle » à Sarah Kane, suicidée la même année que la création de
celle-ci, en 1999. Doit-on y pressentir que l’ombre de Sarah Kane y pèsera
lourd ? Quelques éléments du récit nous poussent à penser que l’ombre et
même l’écriture de Kane sont présentes et bien vivantes à l’intérieur de la
pièce écrite par Bond. Bond défendait Kane, Kane admirait Bond, Kane s’est
suicidée, Bond lui a dédié la pièce la plus étrange de son répertoire.
D’abord, il y
a la dédicace : pour Sarah Kane. Ensuite un prénom : Grace, qui est
celui de la femme-rêve-objet, parce que prostituée derrière une vitrine, qui fait fantasmer le docteur Tinker dans la pièce
« purifiés. » Ici, elle est
d’abord la petite fille perdue d’une mère qui la croyait morte et ensuite elle
devient femme-rêve-objet pour Sweden, personnage devenu aveugle et en cavale.
La structure
langagière est propre à l’univers de Kane, que cela soit dans « manque » ou « 4 : 48 psychose », le langage
est décousu, les phrases des personnages s’entremêlent, se complètent, se
finissent et se contredisent au point que l’on pourrait effacer le nom des
personnages sans que cela ne porte préjudice à la compréhension de l’œuvre.
Dans la pièce de Bond, le langage est déstructuré, la parole est perdue, les règles syntaxiques n’existent plus. Inconsciemment (ou consciemment ?) tout tend à rendre hommage à Sarah Kane.
Dans la pièce de Bond, le langage est déstructuré, la parole est perdue, les règles syntaxiques n’existent plus. Inconsciemment (ou consciemment ?) tout tend à rendre hommage à Sarah Kane.
Extrait de l’œuvre de Bond, page
56, édition de L’Arche, collection « scène ouverte » :
Sweden :
Dis-moi ! Me suis toujours débrouillé – arrangé – faut bien !
Maintenant toi fais-le ! Aide-moi ! Je veux vivre – pas mourir ici
comme un animal – un chien sans yeux ! Aide-moi à être humain ! Tout
ce que j’ai demandé c’est de l’aide ! Tu aurais pu me guider ! Si je
lâche je pourrais plus jamais t’attraper – m’accrocher à –
Hoxton :
moi – moi – moi – moi –
Sweden :
Menteuse ! Elle doit faire mieux !
Hoxton :
je viendrai –
Sweden :
Pas ça ! Quelque chose d’autre ! Je l’ai déjà demandé ! T’es pas
venue ! Jamais jamais t’es venue ! Je sais pas quoi faire ! Si
je la tue comment je vivrai ? Qu’est-ce qui m’arrivera ?
Hoxton :
moi- moi – moi
Toute la problématique de Kane se retrouve ici
: les êtres humains, perdus et perdants, ne cherchent qu’un peu de réconfort
dans le rapport à l’autre, qui que fut cet autre, il est point d’attache et exutoire à la fois. Sans cet autre rêvé, la mort est la seule
issue, qu’elle soit acter ou qu’elle s’en tienne à être une mort intérieure. Dans
ce même passage, la sexualité devient brutale « donnez-moi ses seins !
Où sont ses seins ! Trouve pas ses
- »ici encore plane l’ombre de
Kane, dans cette réflexion sur le corps, suspendu, arrimé aux autres ou
seulement à des bouts des autres (ici, voir
le cannibalisme et les abus sexuels dans les pièces de Kane.)
Nous
encourageons le lecteur à consulter et l’œuvre de Bond et l’œuvre de Kane afin
de s’en faire sa propre opinion. Bonne lecture.
Extrait de l'oeuvre de Kane, "manque", page 49, L'Arche, collection "scène ouverte" :
A : La culpabilité rôde comme l'odeur de la mort et rien ne peut me délivrer de ce nuage de sang.
C : Tu as tué ma mère.
A : Elle était déjà morte.
M : Si tu veux que je te maltraite je te maltraiterai.
A : Elle est morte.
B : Les gens meurent.
M : ça arrive.
C : Toute ma vie se passe à attendre la personne qui actuellement m'obsède et les semaines se consument jusqu'aux quinze minutes de notre prochain rendez-vous.
Extrait de l'oeuvre de Kane, "manque", page 49, L'Arche, collection "scène ouverte" :
A : La culpabilité rôde comme l'odeur de la mort et rien ne peut me délivrer de ce nuage de sang.
C : Tu as tué ma mère.
A : Elle était déjà morte.
M : Si tu veux que je te maltraite je te maltraiterai.
A : Elle est morte.
B : Les gens meurent.
M : ça arrive.
C : Toute ma vie se passe à attendre la personne qui actuellement m'obsède et les semaines se consument jusqu'aux quinze minutes de notre prochain rendez-vous.