Ad Vitam Aeterman, je te salue ma mère.



Vous savez, un jour ma mère m’a dit que je devrai écrire un roman. A la volée, je ne sais même pas trop pourquoi elle avait lancé ça. J’ai dit que j’en ferai pas lire une demi page à qui que ce soit de cette famille et que c’était ce que j’étais entrain de faire.  Elle a demandé si je les pourrissais tous. J’ai bafouillé. Répondu non, enfin. Je n’en ai même pas pourri un seul. Pas un. Parce que ce n’est pas le problème. C’est que de faire lire bite, couille, cul,  piave et rock’n’roll à sa mère ou sa fratrie, disons que ce n’est pas très palace. Mais je n’en ai pas pourri un seul. Le problème est ailleurs. Tout est dans les lignes qui suivent  et étalent ma colère, la lutte avec soi et avec les corps des autres. Aussi. Seulement c’est dommage, parce que c’est encourageant. De la part d’une mère. Qui ne s’attend assurément pas du tout à ce qu’elle pourrait y lire. Pire qu’un journal intime, un mix entre la psychanalyse et le grand néant qu'on ne retient plus. Et puis là, en gros, en gras et  surligné, comme un gosse l’aurait écrit : je t’aime Maman.