J'ai vu dans ses yeux, une certaine prétention et je ne l'ai pas aimé,
cette pauvre prétention là. Il revenait avec des tas d'histoires, de pauvres
gars, du raki, des chansons, toute la crasse des bas-fonds en mémoire. Et puis
rien au dedans, rien que de la prétention. Et cette prétention-là, je ne l'ai
pas aimé. Mais à mélanger nos deux voix, il a fini dedans. Je me suis inclinée
encore une petite fois, ce fut plus fort que moi. On ne guéri pas comme ça de
ces vieux vices, peut-être même pas du tout. Une fois dans le trou, faut-il en
remonter. Alors on a parlé, j'ai visité en une nuit l'entre cul de toutes les
villes où il avait traîné le sien. On a chanté un peu encore pour ne pas se
voir sombrer, crades sur mon oreiller. On a préféré chanter, chanter tout
excités et puis est venu le moment où il a bien bandé et on a bien chanté et on
a bien baisé et on n’avait plus de souffle, plus de force et plus de note et il
peut à présent prétendre m'avoir fait jouir et je peux bien prétendre que sa
bonne et grosse queue m'a servi pour mon art miséreux, pour cette voix fatiguée
qui ne sait que chanter, chanter pour être digne mais qui chante à genou devant
des micros glands, des glands qui crachent du foutre en guise de bravo et des cris
pour standing ovation quand ses deux mains se jouent de mon corps qui se tord dans
un cri, ce oui, j'ai joui. Et puis il est parti, sans prétention aucune. J'avais
donc tort c'est tout. Tort d'avoir cru voir en lui ce qui plus haut est dit.
Parce qu'après tout, j'avoue, entre deux tour de chants la baise et je l'avoue,
j'ai joui.